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Petit vol entre amis...

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Margaret Leviaz
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MessageSujet: Petit vol entre amis...   Dim 15 Juin - 16:10

[Avec Thalie (et d’autres qui veulent s’inviter XD)]

Le 18 octobre, milieu d'après-midi...

- Pétasse.

Cette fort aimable appellation sortit tout droit des lèvres de Margaret Leviaz… Madame Leviaz, celle-là même qui était censée être morte dans des circonstances étranges, et dont Caliban avait soit disant conservé les mains au milieu de sa collection glauque de bouts de corps humains. Oui, parfaitement… C’était cette Maggie en question, qui avait frappé résolument à la porte close de l’appartement d’Eva Eden, sans obtenir la moindre répondre. D’où le compliment élégant qui venait de lui échapper, bien entendu… La femme soupira bruyamment, levant les yeux au ciel, avant de pivoter sur elle-même, revenant sur ses pas. Elle était agacée… A vrai dire, elle était souvent agacée. Le fait était qu’il s’agissait d’une sorte d’habitude… Habitude dont elle se serait bien passée, pour être tout à fait honnête. Mais voilà… Il faisait froid, elle était fatiguée, ne mangeait que peu, dormait encore moins, rongée par l’inquiétude que l’état de santé de sa fille faisait naître… Et il fallait à tout prix qu’elle réussisse à occuper son esprit à autre chose qu’à de mornes pensées.

Quoi de plus efficace, donc, que d’entamer la chasse aux poufs qui tournaient autour de son mari ? Nix lui en avait parlé, de cette femme… Et d’autres peut-être, après tout. Mais de toutes celles qui se permettaient d’approcher Caliban, il n’y en avait qu’une qui fût vraiment dangereuse et haïssable, aux yeux de Margaret. La Luxure personnifiée, bien évidemment… Cette femme à l’apparence du désir lui-même. Cette femme qui ne connaissait, ou ne voulait connaître aucun interdit. Et qui ne se refusait rien… Cette femme, enfin, qui ne voyait pas à quel point Caliban, dont elle se servait littéralement pour assouvir des pulsions éphémères, souffrait à cause de son égoïsme. Voilà… c’était tout cela, que Maggie avait eu l’intention de lui dire, lorsqu’elle s’était dirigée vers les appartements d’Eva. Ca… accompagné sans doute de quelques gifles, si besoin était.

Sa fille était au plus mal… elle risquait à tout instant de la perdre. Et si elle ne pouvait rien faire pour elle, excepté la serrer dans les bras et lui prouver qu’elle ne l’abandonnerait plus jamais… Son mari, lui, n’avait pas à souffrir les excentricités d’une beauté détestable comme celle-ci, en un moment pareil. Et là… Maggie y pouvait quelque chose. L’étrangler, par exemple, pouvait régler le problème… La voleuse n’était pas aussi blanche que certains auraient pu le penser. Bref… Le problème n’était pas là. Le problème c’était qu’Eva ne répondait pas, et que Margaret n’avait pas attendu plus longtemps pour faire demi-tour.

Il paraissait, pourtant, que la Luxure était une professeur loin d’être assidue… Mais peut-être bien qu’elle avait résolu de donner ses cours, aujourd’hui. Le couloir était plutôt désert, à part quelques rares élèves Luxurieux, privilégiés, qui profitait d’heures libres en plein milieu de l’après-midi, en attendant les vacances qui ne tarderaient plus. Ou alors… Peut-être bien qu’Eva Eden était trop occupée, à ce moment précis, pour songer seulement à lui ouvrir. Maggie secoua la tête. Peu importait… La pétasse n’était pas là, elle reviendrait à l’attaque plus tard. Il lui fallait maintenant trouver quelque chose qui puisse détourner son attention de ce nœud à l’estomac, et de ce poids dans son cœur… Elle avait daigné quitter Nix quelques instants, sous les instances de Caliban, qui s’inquiétait sans doute plus qu’il n’en avait l’air, de la santé de sa femme. S’aérer les idées… Ouais, il en avait des bonnes, lui ! Et comment ?

Alors qu’elle prononçait silencieusement cette question, la porte entrouverte du Dortoir des Luxurieux attira son attention, de l’autre côté du couloir. Margaret stoppa sa progression. Il ne semblait pas y avoir beaucoup d’agitation, là-dedans… Au contraire, tout était étrangement calme. Sans doute parce que la plupart des élèves aux cravates oranges ne s’y trouvaient pas… Elle esquissa une petite moue ironique, puis s’approcha, sentant poindre une curiosité mêlée d’une autre sensation qu’elle connaissait bien… et qui était la réponse à sa question. Une envie de voler quelque chose… N’importe quoi. Quelque chose qui l’intriguerait, ou qu’elle trouverait joli… ou simplement quelque chose qu’il serait difficile d’obtenir.

Doucement, elle glissa ses doigts sur la porte, et la poussa légèrement, pour jeter un œil à l’intérieur de la pièce. Ce qu’elle aperçut la cloua sur place, l’espace de quelques secondes, et elle entre ouvrit les lèvres sous la surprise. Mais qu’est-ce que c’était que ça, exactement ? Où étaient les lits ? Pourquoi n’y avait-il qu’une immense armoire au milieu ? Et ce sol… Ah, ça y est… Elle venait de trouver ce qui faisait office de « lit »… Margaret poussa un soupir, se demandant vaguement comment son mari pouvait accepter ce genre de… mode de vie, puis elle se glissa à l’intérieur, balayant la pièce du regard.

Elle n’aperçut personne… Mais bien sûr, vu la taille assez vaste, et l’éclairage feutré du Dortoir, il y avait des ombres qu’elle ne pouvait remarquer. Des endroits à l’écart, pour les pauvres victimes qui ne partageaient pas vraiment la passion un peu trop bornée de leur responsable. Le regard bleu abyssal de Maggie fut de nouveau attiré vers l’armoire. Original… Débile, mais plutôt original. Elle n’avait pas encore mit les pieds dans un tel endroit – fort heureusement d’ailleurs- ni subtilisé quelque chose au sein d’une « armoire commune », si singulière fût-elle… Elle fit quelques pas précaires à l’intérieur, manquant de perdre l’équilibre.


- Whow…

Quand les gens –quels qu’ils fussent, elle ne voulait surtout pas le savoir- avaient décidé de la stupide déco de cet endroit, ils avaient omis le détail suivant : évoluer sur un matelas demandait une certaine dextérité… ou une habitude. Que Maggie n’avait pas forcément. Elle se retint de justesse à la fameuse armoire, en dessinant une petite grimace. Ce Dortoir, c’était vraiment… N’importe quoi. Elle devrait en toucher deux mots à son mari, à l’occasion… Encore un moyen de provoquer une dispute ? Cela devenait presque un automatisme inconscient… Margaret sentit une décharge électrique remonter le long de son bras, tandis qu’elle ouvrait l’armoire, et commençait à chercher l’objet qui satisferait son subit besoin de vol inexplicable… La même décharge électrique qui l’avait saisie lorsqu’elle avait cru bon de subtiliser à son propriétaire un porte-clés, alors qu’une mine menaçait de lui tomber sur la tête. Objet futile… Mais l’acte n’en perdait pas moins de sa saveur.
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Thalie Alann
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MessageSujet: Re: Petit vol entre amis...   Mer 18 Juin - 23:26

La muse de la Comédie était assise en tailleur, dans l'ombre. Appuyée contre le mur, les yeux fermés comme si elle dormait, elle caressait du bout des doigts les pages d'un livre. Ses deux rangées de cils se rejoignaient, formant un trait d'un noir brutal sur sa peau pale. Son visage était serein, apaisé sûrement par le contact des feuilles.
Elle avait emprunté cet ouvrage à la bibliothèque, choisissant celui-ci plutôt qu'un autre en raison de son odeur de vieille encre et de son grain de papier, de l'épaisseur de ses pages et de la douceur de sa couverture. Elle qui avait adoré lire et écrire n'était même plus capable de savoir quel livre elle tenait entre ses mains. L'auteur et le titre n'avaient plus d'importance. Elle ne lirait plus jamais. Son monde était devenu si sombre qu'il lui semblait que l'on avait inventé un degré plus foncé encore que le noir rien que pour elle. Car lorsque Thalie ouvrait les yeux, elle voyait du noir, sans aucune nuance. Un monde uni, monotone.
On ne sait ce que les aveugles voient. On dit qu'ils ne voient «rien ». Mais qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Voient-ils du vide ? Des motifs sans queue ni tête ? Leurs yeux perçoivent-ils tout de même les changement de lumière ? Est-ce comme lorsque l'on ferme les yeux ? Voit-on des motifs rouges se dessiner derrière nos paupières, selon la lumière ?

Mais elle n'était pas aveugle. Elle, elle voyait du noir. C'est tout.

Thalie déplia ses jambes qui commençaient à s'ankyloser, pour chercher une position plus confortable. Elle sentit l'immense matelas bouger avec elle, épousant la forme de son corps sous son poids. La première fois qu'elle avait vu cette pièce, une lueur d'étonnement était passée dans ses yeux de glace. Mais elle avait fini par s'habituer à ce mode de vie, se mettant à l'écart, la joue contre la fraîcheur du mur. Il y en avait d'autres comme elle, qui n'appréciaient pas follement de batifoler avec leurs camarades de Péché sur un matelas commun. Et s'ils faisaient la risée des fervents luxurieux, leur attitude n'était que bon sens aux yeux de la Comédie.

Ses longs doigts fins continuaient de caresser le livre dans un geste machinal, mais très doux, presque sensuel. Elle avait une conscience aiguë de chaque aspérité du papier, de chaque coin de page corné. Cela faisait des mois qu'elle ne pouvait plus rien lire ni écrire, elle avait même arrêté de faire semblant ; et elle avait remplacé ces plaisirs par celui de la lecture du papier lui-même. Tel livre avait été aspergé de café, tandis que quelqu'un avait écrit des notes à l'encre fraîche – elle en sentait encore l'odeur – dans les marges de tel autre. Elle pouvait retracer l'histoire du papier, sa qualité et le soin de sa reliure.

Elle ne pensait à rien, ou plutôt ses pensées étaient si fugitives qu'elles n'avaient pas le temps de s'imprimer dans son esprit. Les pensées humaines n'avaient, de toute façon, aucun intérêt. Ephémères et vides de sens, elle se manifestaient pour mieux s'éclipser.
Thalie n'osait imaginer ce qui se matérialiserait devant elle si elle approfondissait le sujet. Un cerveau ? Quelle apparence pouvaient bien avoir des pensées, selon son imagination ?
Une nouvelle douleur dans les jambes l'empêcha de pousser plus loin son expérience. Ses pensées et sa concentration s'envolèrent comme elles étaient venues. Elle changea une nouvelle fois de position, repliant les genoux contre son ventre. La jupe de son uniforme remonta le long de ses cuisses, mais elle s'en fichait. Il lui semblait qu'elle était seule dans le dortoir, de toute façon.
Sa cravate orange était dénouée, pendant de chaque côté de son cou, comme un serpent coloré se prélassant sur ses épaules. Ses cheveux étaient coiffés n'importe comment, et les mèches emmêlées tombaient lourdement sur ses épaules et dans son dos. Ses pieds nus s'enfonçaient dans le matelas moelleux, comme font les enfants dans le sable au bord de la plage.

Elle tourna une page, et entama l'étude de la feuille suivante.

Ses doigts se posaient à peine sur le papier lorsque ses yeux s'ouvrirent en grand, brusquement. Les paupières aux lourds cils noirs dévoilèrent des iris d'un gris bleuté. Ils étaient comme recouverts d'un voile presque opaque, qui lui donnait un air absent – un peu comme les aveugles dans les dessins animés. Elle releva le menton, les yeux grands ouverts. C'était un réflexe qui lui était resté, comme si elle pouvait mieux y voir. Elle avait senti le sol – le matelas – bouger. Et quelqu'un parla.

Quelqu'un s'était engagé sur le matelas. A en juger par les remous que la personne imposait au sol, elle n'avait pas l'habitude d'évoluer sur un lit géant. Thalie, privée de sa vue, avait appris à user beaucoup de ses autres sens pour comprendre à qui et à quoi elle avait affaire.
Le premier réflexe qu'elle avait eu en se rendant compte qu'il y avait un intrus avait été d'enfoncer plus profond encore ses pieds nus dans le matelas. Sa main tâtonnait déjà à sa droite pour tenter de trouver ses hautes chaussettes blanches, qu'elle avait enlevées pour plus de confort. Personne ne devait voir ses pieds !
A première vue, pourtant, ils ne semblaient pas avoir grand chose de spécial... Ils se contentaient de terminer de longues jambes blanches, et avaient l'air aussi fins et élancés que les mains. Mais les orteils étaient profondément enfouis dans le sol.

Sa main se referma sur des boules de tissu, qui ressemblait à des chaussettes jetées négligemment là. Ce n'étaient pas les siennes, mais c'était toujours ça de pris ! Elle les enfila ; elle ne pouvait pas se rendre compte qu'elle venait de passer un bas couleur chair qui lui montait jusqu'au genoux, et une socquette à pois orange... Tout ce qui lui importait était que ses pieds, ces abominations, soient cachés.
Pendant qu'elle accomplissait tout cela, faisant le moins de bruit possible, ses oreilles transmettaient toujours à son cerveau les bruits que faisait l'intrus. Le moment de panique passé, son visage devint de nouveau parfaitement inexpressif, et elle se concentra sur le nouvel arrivant.
Le matelas avait cessé de remuer en tous sens, ce qui voulait dire que l'intrus s'était arrêté. Il lui semblait avoir entendu le grincement d'une porte – forcément celle de l'armoire – mais elle n'en fut sûre que lorsqu'elle entendit qu'on fouillait dans son contenu.

Elle n'avait jamais entreposé d'objets vraiment personnels dans cette armoire. De toute façon, il valait mieux éviter, avec un dortoir et une armoire – et même un lit ! - communs. Mais elle n'aimait pas l'idée que quelqu'un ait pu la faire s'affoler par sa simple présence. Et puis, il n'y avait aucune raison pour qu'elle reste silencieuse en laissant un inconnu fouiller dans son dortoir.
Oh, et puis il fallait l'avouer, elle s'ennuyait terriblement.


« Que nous vaut cette charmante visite ? »

La voix était grave, presque rauque. On dit que toutes les femmes fatales ont des voix graves. Thalie en était très fière.

« Oh, vous vous êtes peut-être dit "allons faire une petite visite au dortoir de la Luxure. Ce sera intéressant !". Comme un musée, en fait.
La visite vous plaît ? »
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Margaret Leviaz
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MessageSujet: Re: Petit vol entre amis...   Dim 22 Juin - 15:01

A la décharge d’adrénaline succéda un sursaut de surprise, lorsqu’une voix grave retentit dans la pièce, comme sortie des ombres mêmes qui enveloppaient sa détentrice. Maggie s’immobilisa entièrement, en une simple fraction de seconde, la main tendue, en suspension dans le vide, comme une hésitation. Sur le visage de la voleuse parurent se succéder plusieurs expressions… La surprise, avant toute chose. L’agacement, ensuite, de n’avoir pas su être aussi prudente qu’elle l’était d’ordinaire… Et puis l’amusement, pour finir… Parce que cette voix, et les paroles qu’elle prononçait, semblait à la fois ironiques et provocantes. A moins qu’elles ne soient simplement détachées de toute réalité. Margaret n’en perdait pas moins de vue ce qui lui semblait être à présent un besoin vital, et qui coulait le long de ses doigts, jusqu’au bout de ses ongles, frémissant de l’impatience d’un vol… Vol qui venait de prendre une toute autre couleur, à présent qu’elle était en partie démasquée… Le jeu avait pris une tournure qui ne lui plaisait que davantage. Trop simple… Cela ne l’était plus tout à fait.

Et puis… Il y avait aussi la curiosité. A qui donc pouvait appartenir une telle voix, et un tel aplomb ? A quoi pouvait bien ressembler l’un des élèves arborant fièrement la couleur orange de la luxurieuse Eva Eden ? Doucement, sans pour autant ôter sa main de l’armoire qui contenait certainement des trésors insoupçonnés, Maggie tourna la tête, son visage quasi angélique souriant étrangement. Un instant, elle n’aperçut rien de spécial… La pièce était si sombre, si bizarrement éclairée… Et puis… Ses yeux aux couleurs des fonds marins s’accrochèrent enfin à une jeune fille, à peine visible à travers les reflets mouvants et orangés des flammes qui éclairaient le dortoir. Margaret ne sut exactement ce qui attira le plus sa curiosité… La position étrange de l’élève, les genoux rabattus devant elle, comme si elle s’évertuait à cacher quelque chose… Ses chaussettes bigarrées, qui tranchaient avec l’attitude sérieuse et posée de la demoiselle… Ou bien ses yeux, si… gris. Incroyablement gris. Beaucoup trop gris… Elle fronça les sourcils, et sentit son cœur louper un battement, inexplicablement. Ce regard lui rappelait quelque chose… Quelque chose qu’elle n’arrivait pas à retenir. Comme la brume entre ses doigts. Ce regard… lui donna comme une sensation d’inachevée.

Inconsciemment, sa main se retira avec précaution de l’armoire, tandis qu’elle pivotait sur elle-même pour faire face à la jeune fille qui venait de l’interrompre… ou de la prendre sur le fait, au choix. Si la voleuse n’en avait pas pour autant oublié son intention première… autre chose venait d’attirer son attention. Ses yeux glissèrent le long de la cravate orange, dénouée, autour du cou de la jeune fille. Margaret fronça les sourcils… Etait-ce vraiment à cela que les luxurieux ressemblaient ? Sans la couleur de la fameuse cravate symbole du Péché, jamais elle n’aurait pu admettre que cette demoiselle-là dorme dans un dortoir tel que celui-ci… Preuve en était que l’élève en question lui paraissait à l’écart, comme fondue dans l’ombre du mur. Margaret cligna des yeux, avec l’étrange impression d’assister à une vision… Un brouillard opaque, une illusion qu’elle aurait voulu chasser d’un battement de cil.

La mystérieuse jeune fille ressemblait à ces statues négligées, si belles, si seules… et dont les yeux n’observent rien de plus qu’un vide, un autre endroit, loin au-delà de ce que les hommes peuvent contempler. Elle s’attarda un instant sur les longs cheveux noirs de l’élève de la Luxure, sentant un frisson inqualifiable lui traverser l’échine. Elle n’était pas tout à fait mal à l’aise, non… Mais il y avait quelque chose qui lui semblait flotter autour de la demoiselle. Une intuition… qu’elle n’était pas comme les autres. Etait-ce si surprenant, dans une Ecole où chaque élève possédait un pouvoir particulier qui transgressait les limites du possible ? Non… Mais ce n’était pas tout à fait la même chose. Où diable avait-elle déjà vu cette expression, dans les yeux d’une personne ?

Margaret entre ouvrit la bouche, et réalisa qu’elle n’avait pas encore trouvé ce qu’il fallait répondre au reproche implicite qu’on venait de lui faire… Faute de mieux, elle s’avança d’un pas prudent vers son énigmatique interlocutrice, à la fois pour mieux la voir, et pour mieux se faire voir… A l’instant même où elle stoppait sa progression, à quelques mètres de la jeune fille, une pensée subite lui traversa l’esprit, avec une netteté qui la surprit. Ce regard… Ce regard ne voyait pas, n’est-ce pas ? Elle n’en était pas sûre… Et elle ne fut pas certaine de vouloir s’en assurer. Alors ses yeux cessèrent enfin de dévisager l’élève pour dériver vers les « chaussettes » enfilées à la va-vite, une lueur perplexe illuminant ses iris…

Et tandis qu’elle se posait la question silencieuse de cet étonnant accoutrement, la voleuse entendit sa propre voix s’élever enfin dans la pièce, en réponse à la jeune fille. C’était une voix qui n’avait de contraire exact que celle de la demoiselle, grave et rauque. La sienne était claire, simple… Teintée de ce ton cristallin qui donnait à ses paroles une nuance de fragilité et d’hésitation qui n’existait pas toujours. Un léger sourire, de ceux dont Margaret avait le secret, s’étalait sur ses lèvres...


- Pour être tout à fait sincère… Je me suis plutôt demandée à quoi pouvait bien ressembler le sanctuaire de la Luxure… s’il était moins, autant, ou plus désespérant que sa Responsable… Ma foi… J’avoue ne pas être déçue du détour… Quoique fondamentalement surprise de son originalité… Savez-vous qui donc a eu cette réjouissante idée de vous faire dormir sur un seul matelas ?

A la vérité, elle avait déjà sa petite idée sur la question, bien entendu… Mais maintenant qu’elle avait découvert ne pas être tout à fait seule, au besoin de vol se substituait celui d’un échange… Un échange de paroles, aussi désuètes fussent –elles, avec un être humain autre qu’un époux dont elle n’arrivait plus à saisir les sentiments à son égard, et une fille si pâle et si maladive qu’elle lui faisait mal, rien qu’à entendre le son faible de sa voix… Margaret chassa rapidement ses pensées, les reléguant dans un coin de son esprit qu’elle voulut ignorer, puis elle s’avança un peu plus, prudemment. Après tout… Cette jeune fille ressemblait autant aux statues de marbres de l’ancien temps qu’à un animal sauvage qu’il était délicat d’approcher.

Pour une inexplicable raison, elle eut tout simplement envie d’engager la conversation, évitant soigneusement de fixer un regard trop vide à son goût. Presque inquiétant.


- Est-ce qu’aucun des élèves, ici, ne voit d’inconvénient à vivre les uns sur les autres ?

La question n’était pas si innocente que cela, en réalité… Elle voyait bien, à la façon dont la jeune fille s’était tenue à l’écart – à tel point qu’elle ne l’avait même pas remarquée – qu’elle ne partageait pas du tout les pratiques de Miss Eden, bien loin de là. Il y avait des passions qui ne nécessitaient pas forcément l’exubérance méprisable d’Eva. Et Margaret était presque gênée que l’on pût laisser des élèves vivre de la sorte. Elle s’approcha encore, précautionneusement, sa progression devenue moins délicate, à mesure que ses pieds s’habituaient à l’étrange texture du sol. Sa main voleuse s’était sagement glissée dans la poche de son jean sombre… Avait-elle abandonnée son idée ? Pas nécessairement.

D’un petit geste du menton, qui fit retomber quelques mèches d’ambre autour de son visage, la femme du Directeur montra un endroit du matelas, à quelques pas seulement de la jeune fille. Geste inutile, si la demoiselle ne pouvait la voir, bien sûr… Alors Margaret ajouta à son mouvement des paroles qui ne pouvaient être mieux comprises :


- Je peux m’asseoir ?

A vrai dire, elle n’attendit pas la réponse pour s’installer doucement à l’endroit qu’elle avait désigné, en tailleur, poussant délicatement un livre, posé non loin d’elle. Ce geste, d’ailleurs, fit germer dans son esprit une autre idée, non moins réjouissante. Le contact de la couverture de ce livre avait quelque chose de grisant… Bien plus intéressant qu’un banal objet dérobé dans une armoire… Il le lui fallait. Absolument. Pourtant, elle n’esquissa pas un geste pour s’en emparer, alors qu’un simple mouvement subtile et expert aurait fait disparaître le livre en une fraction de seconde.

A la place, elle releva les yeux vers le beau visage, froid, de celle qui lui était encore inconnue, et son sourire semblait transparaître dans sa voix tandis qu’elle ajoutait :


- Je venais voir Mademoiselle Eden. Mais elle ne se trouve pas, étrangement, au fond de son lit… Je m’appelle Margaret… Margaret Leviaz. Et tu es… ?

Elle avait hésité un instant à prononcer son nom de famille… Celui qui la rattachait encore à Caliban. Pourquoi ? Elle ne se l’expliquait pas elle-même. Et elle ne voulait surtout pas y songer maintenant… Ses yeux furent attirés, comme à un aimant, vers le livre qu’elle projetait à présent de dérober sans le moindre remord.
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Thalie Alann
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MessageSujet: Re: Petit vol entre amis...   Aujourd’hui à 17:25

Thalie était curieuse. Après avoir vécu si longtemps à l'écart du monde, voilà qu'elle semblait s'intéresser à l'un de ses prochains ! Il fallait bien avouer que c'était un ennui profond qui avait amené la jeune fille à engager ce qui ressemblait fort à une conversation. Elle était seule dans un dortoir avec un livre muet et un ego démesuré. La perte de sa vue lui avait tout ôté. Sa passion de l'écriture... jamais plus elle ne tiendrait une plume ou un stylo entre ses doigts. Son pouvoir – dont elle ne savait, au fond, que faire - lui avait enlevé sa seule compagne, son imagination.
On aurait pu penser que Thalie se suffisait à elle-même. Mais elle ne pouvait même plus se voir ! A quoi bon être la perfection incarnée si ses yeux ne pouvaient en profiter ?
Au cours de six années à l'école du Flux, la jeune fille avait eu le temps de se rendre compte qu'elle n'était pas à la Luxure pour un amour démesuré des plaisirs de la chair, mais bel et bien pour une passion qui la consumait de l'intérieur. Sans la possibilité d'extérioriser cette passion, qu'était-elle ? Cela valait-il le coup qu'elle reste dans cette école où, finalement, elle n'avait rien à faire ? Tout cela, tous ces sacrifices, pour quoi ? Un pouvoir avec une apparente inutilité, et quasiment incontrôlable !

Oui, Thalie était dans un de ces jours où l'on passe son temps à s'apitoyer sur soi-même. Et, quoique cette occupation fut très complaisante, la jeune fille préféra concentrer sur autre chose.

Alors elle manifestait une sorte de curiosité, ou du moins d'intérêt pour l'inconnue – la voix qu'elle avait entendue était indéniablement féminine - qui tentait de s'introduire dans les dortoirs de la Luxure. Non pas qu'elle craigne pour ses affaires personnelles (puisqu'il était évident qu'elle avait pris l'intruse en flagrant délit de tentative de vol), aucun objet dans cette armoire ne pouvait prétendre avoir une valeur à ses yeux puisque ses livres et ses encres étaient bien cachés autre part, mais parce qu'au moment où elle s'ennuyait, c'était la seule personne qui s'était présentée à elle. Oh, Thalie ne croyait pas en un quelconque Dieu, ni même à plusieurs, mais elle aimait à remettre certains événement sur le dos d'une indéniable fatalité.
Cette curiosité ne se manifestait sur ses traits que par des yeux grand ouverts bien qu'aveugles et qui donnaient l'impression de deux puits vides au milieu de son visage, deux tourbillons sans fin.

Elle était perplexe, aussi, parce que depuis son intervention, l'intruse n'avait plus bougé. Le matelas était resté parfaitement stable, impénétrable, et seuls quelques sons légers parvenant aux oreilles de la jeune fille lui indiquaient que la voleuse était toujours bel et bien là. Ces sons étaient d'ailleurs extrêmement légers, presque imperceptibles, et trahissaient une longue habitude. Cette femme-là (ou cette jeune fille ?) pratiquait souvent ce genre de petit exercice. Ses yeux fixaient plus ou moins précisément l'endroit où se tenait l'intruse. Elle avait repéré sa position approximative grâce aux remous du matelas et aux sons qui lui parvenaient. Et puis elle savait déjà qu'elle se trouvait près de l'armoire, ce qui facilitait les repérages !
Si elle avait put voir, elle serait certainement en train de dévisager celle qu'elle venait apparemment de prendre sur le fait. A la place, elle exécutait une observation auditive tout aussi efficace, car bien qu'elle ne puisse savoir l'âge ou l'apparence qu'avait l'inconnue, elle percevait de petits détails qui faisaient tout autant son être que la couleur de ses yeux ou son habillement.

Soudain, le matelas se remit en mouvement, et bientôt la femme se trouva à quelques pas d'elle. Elle n'avait pas fait un mouvement, se contentant de suivre de ses yeux vides la progression, plus par habitude que par désir de voir.
La réponse à la provocation retentit enfin, après un long moment d'observation mutuelle silencieuse, car Thalie ne doutait pas que l'autre l'avait observée avec ses yeux tout autant qu'elle-même l'avait fait avec ses oreilles. La voix était assez agréable à entendre, mais donnait l'impression qu'elle allait se briser à la moindre émotion. Et elle ne donnait aucune idée précise à Thalie sur l'âge de sa propriétaire. Etait-ce une gamine de l'Avarice à la recherche de quoi justifier son appartenance à ce péché ou une femme mûre un peu trop curieuse, une adulte comme l'école en était peuplée ces derniers temps ?
Mais le vouvoiement et les mots qu'elle employaient penchaient la balance vers la seconde proposition.
Le dortoir de la Luxure était-il à l'image d'Eva Eden ? Cela ne faisait aucun doute. Bien que Thalie ait le moins de contact possible avec sa Responsable, les bruits de couloirs étaient nombreux et catégoriques. Certainement Mlle Eden était la luxure personnifiée, et elle devait s'amuser de ce dortoir à son image où s'entassaient des adolescents plus ou moins innocents. Plus encore que ceux qui lui étaient entièrement dévoués et qui l'idôlatraient, elle devait bien rire des pauvres timides qui s'étaient échoués là sans trop savoir pourquoi ou comment.
Thalie remarqua que la femme – elle s'était décidée maintenant – n'avait pas émis de jugement explicite. Le dortoir était-il pire qu'Eva Eden ? Peut-être pas à cette heure où il était désert... Et qui avait eu l'idée de les faire dormir sur ce matelas ? Il fallait n'avoir vraiment pas avoir réfléchit à la question pour la poser. Aussi fut-ce d'une voix sans timbre, absente, que Thalie répondit :


- Je crois que la réponse est contenue dans la question. Qui peut donc avoir eu cette idée, à votre avis ?

Elle avait conservé le vouvoiement que lui avait accordé l'intruse. Etrangement, il n'y avait plus dans sa voix l'ironie dont elle était chargée au début de la conversation. Comme si elle répondait du bout des lèvres à propos d'un sujet qui l'indifférait totalement. Comme si elle considérait cette conversation comme une perte de temps loin de son niveau d'intellect.
Ses yeux s'étaient détournés, parce qu'elle avait perdu le fil des pas et n'avait aucune idée d'où se trouvait celle à qui elle parlait, même si elle savait que cet endroit n'était pas loin d'elle. Et elle n'avait aucune envie de se ridiculiser en regardant quelques mètres à côté de son emplacement exact. Encore moins d'avoir à lever le visage pour regarder sans voir quelqu'un qui serait ainsi dans une position de supériorité. Aussi fixa-t-elle son regard sur l'armoire pour répondre à la seconde question, de la même voix indifférente.


- Bien sûr qu'il n'y a pas, ici, que des sosies d'Eva Eden, exaspérants d'exubérance. Bien sûr qu'on peut trouver autre chose que des minettes en pâmoison et des pervers avant l'âge. Avez-vous vraiment vu où j'étais assise ? Croyez-vous que...

Elle s'interrompit en sentant que l'autre se remettait à marcher, s'approchant d'elle, et braqua ses yeux, un instant seulement, là où devait se trouver son visage si elle était de taille moyenne. Elle avait prit de l'assurance sur le matelas, mais il faudrait longtemps encore avant que Thalie ne puisse plus percevoir un mouvement. Puis son visage pivota de nouveau, mais sa phrase était morte sur ses lèvres et l'on ne saurait jamais ce que l'intruse pouvait bien croire.
A la question posée, Thalie se contenta d'hocher la tête, mais la voleuse s'était déjà installée à ses côtés. Ce faisant, elle avait posé la main sur le livre que Thalie avait posé à ses côtés lorsqu'elle avait entendu quelqu'un dans la pièce. Elle eut une conscience aigüe de ce geste, bien qu'elle ne puisse pas le voir et que le mouvement n'ait émit aucun son. Elle
sentait que le livre s'éloignait d'elle. D'un geste brusque, elle posa sa main sur la couverture du livre, à la fois pour l'empêcher de s'éloigner plus et pour signifier qu'il était à elle. Non pas que ça puisse impressionner celle qui lui faisait face.
La voix claire s'éleva de nouveau alors que la conversation semblait être retombée dans un silence. Elle cherchait Mlle Eden, qui n'était pas dans son lit. Ce fut d'une voix tranquille, presque nonchalante mais beaucoup moins distante que précédemment que Thalie commenta :


- Si elle n'est pas dans son lit, c'est qu'elle est dans celui d'un autre...

Puis la femme se présenta. Les sourcils de Thalie s'arquèrent légèrement au son de ce nom de famille. C'était donc la Maragaret Leviaz dont la rumeur disait que les mains reposaient dans le laboratoire du Directeur ? En six ans, Thalie n'en avait presque pas entendu parler, si ce n'était à propos de ces fameuses mains, mais ce devaient être les mains qui avaient fait le plus jacasser. Quand on ne savait plus de quoi parler ou sur qui jaser, on ressortait une bonne vieille histoire vaudou à propos du Directeur et de sa femme.
En tout cas, cette Margaret Leviaz qui était assise à ses côtés avait bel et bien des mains, Thalie pouvait le certifier, sachant qu'elles fourrageaient un peu partout depuis que la femme du Directeur était arrivée dans cette pièce (Thalie ne supportait pas qu'on touche ses livres, même ceux de la bibliothèque).
Ses sourcils retombèrent et son visage redevint totalement inexpressif. Elle ajouta seulement un sobre :


- Je m'appelle Thalie.

Elle ne savait pas exactement pourquoi elle n'avait pas ajouté son nom de famille. Peut-être pour avoir un avantage sur son interlocutrice en connaissant son nom complet ? Peut-être qu'elle avait trop vu de westerns où dire son nom donne un avantage à son adversaire.
Sa main se crispa sur la couverture du livre. Il n'avait pourtant aucune importance, ce livre. C'était une sorte d'intuition, un sentiment étrange qui lui donnait envie de le serrer.


[Désolée du retard >.<]
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Petit vol entre amis...

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