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Soirée en famille [Leviaz]

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Nix Leviaz
Orgueil

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MessageSujet: Soirée en famille [Leviaz]   Mar 29 Avr - 11:14

16 octobre, à partir de 20 heures.


Nix Leviaz n'avait plus grand chose à faire de sa vie, depuis le retour de son père à l'Ecole, quelques heures plus tôt. Elle qui avait, une journée durant, tenté de mettre en place les protections de l'Ecole, en oubliant la douleur qui la terrassait, avait appris dernièrement que son père avait effacé tout ce qu'elle avait fait. Sans lui en parler, sans lui expliquer.

La jeune fille n'était pas habituée à être dans une telle situation de faiblesse. Elle n'avait pas su se présenter à temps à l'Assemblée avait tout fait pour que les dégâts soient réparés, et pour qu'aucun autre risque ne soit pris par l'Ecole. Après une nuit horrible, elle avait sombré vers le sommeil, épuisée, chaque heure un peu plus. La veille au soir, elle ne tenait qu'à peine debout, installée dans le fauteuil de son père. Elle avait besoin de calme, elle avait besoin d'être seule. Parce qu'elle ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait, et pourquoi elle était devenue un danger pour ses proches : elle avait bien vu sa soeur souffrir à cause d'elle, elle se refusait de le faire de nouveau. Nix s'était purement et simplement mise en quarantaine dans le bureau de son père. Au moins, cela ne l'empêchait pas de diriger l'Ecole. Et si ce n'était qu'un court instant, si elle passait plus de temps à combattre la douleur et le sommeil qu'à donner des ordres, elle avait le sentiment qu'elle avait réussi à monter une protection suffisante pour l'Ecole.

Son père avait demandé, à peine arrivé, de tout enlever. Plus aucun garde, les hélicoptères de nouveau en service, pas de recherches de suspects dans l'immédiat. Son travail jeté aux ordures, elle fut prise d'une immense lassitude, mise à genoux par sa propre inutilité. Alors Nix avait commencé à réfléchir à elle-même - même si certains vous feront la réflexion qu'elle n'arrête pas de penser à elle - , seule dans l'antre de l'Envie. Son père n'était pas venu immédiatement la voir. Et puis, elle avait demandé à quelqu'un de prévenir qu'elle ne voulait voir personne, qu'elle préférait se reposer. Ce n'était pas faux : vexée, sans se l'avouer, blessée sans réellement s'en rendre compte, Nix Leviaz s'était blottie dans le canapé de son père, après l'avoir recouvert d'un drap blanc. Elle s'était retrouvée seule avec elle-même, et elle devait s'avouer qu'elle appréciait une telle situation. Elle avait de quoi réfléchir, en plus. Et si elle ne voulait pas penser à son père, pas penser à ses parents, sa santé fut d'un intérêt assez important pour qu'elle s'y penche.

A la fin de la journée, elle en était arrivée à plusieurs conclusions.

La première, c'était que le pouvoir de son père, celui qu'il lui avait donné avant de partir, était rejeté par son corps. Les solutions étaient simples : soit elle trouvait un moyen de s'en séparer, soit elle se contentait d'attendre sa mort, avec peut-être la philosophie de Liz, ou la folie d'Hansael. Elle était bien incapable de tomber dans l'une et l'autre situation. Elle voulait se battre, même si c'était en vain. Même si le drap qui protégeait le canapé devenait de plus en plus rouge : elle crachait du sang. Elle espérait que cela puisse purger le Flux que son corps ne supportait pas.

La seconde conclusion, c'était qu'il y avait un problème dans son Flux : elle n'avait pas deux pouvoirs qui se battaient en duel, non. Elle en avait au moins trois. Ou quatre, ou cinq, ou six... elle ne savait pas franchement, mais il y avait tant de manifestations de Flux venant de son corps - le dédoublement avait été un bel exemple de pouvoir imprévu, mais il n'était plus le seul - , qu'elle ne pouvait pas se dire uniquement infectée par deux pouvoirs. Cependant, cela soulevait quelques questions : quand avait-elle reçu les autres Flux ? Son père le savait-il ? Comment prévenir les autres pouvoirs ? Etait-ce un rejet aussi ? ... Nix ne pouvait pas répondre à tout cela seule, elle avait besoin de parler à son père pour avoir quelques réponses. Ou au professeur de la Gourmandise, s'il pouvait seulement s'en occuper. Tout ce qu'elle avait pu remarquer, c'était que les nouveaux Flux - et les anciens - se manifestaient de manière imprévisible. Sa peau seule changeait vaguement de couleur, ses veines beaucoup.

Et ces deux remarques se regroupaient en une seule, finale : elle était un danger pour tous, elle devait s'éloigner du reste du monde. Et cela lui était terriblement douloureux. Elle ne voulait pas briser ses connaissances des autres, elle ne voulait pas disparaître, pas perdre son père, ni même sa mère, ni sa soeur. Mais elle devait prendre une décision noble, entre son bien-être et celui des autres. Il suffisait de connaître le Péché de Nix pour savoir à quel point ceci n'était pas simple.

Alors, sans vouloir plus réfléchir, elle s'était accordé le droit de profiter de l'épuisement - elle ne pouvait pas simplement s'endormir, elle souffrait trop pour se calmer - pour sombrer dans un lourd sommeil. Vêtue d'un long t-shirt blanc à manches courtes de son père, dans lequel elle se perdait, et d'un pantalon de survêtement noir, elle n'avait plus rien de princesse, mis à part le teint pâle. Elle se réveillait plus ou moins régulièrement - sensiblement une fois toutes les heures - pour aller vomir du sang, ou simplement pour le cracher en toussant. Elle ne s'accordait que le droit de boire de l'eau, puisqu'elle avait l'appétit sérieusement coupé. Les doigts rouges de son propre sang, les mains tremblantes, elle était prise d'une importante fièvre. On ne l'y reprendrait plus : jamais plus elle ne donnerait d'idées d'expérience sur elle à son père, du moins, pas sans être certaine du résultat.

Vers dix-neuf heures, son sang était devenu gris, signe du Flux qu'elle rejetait. La douleur s'était fait bien plus présente, et l'empêcha de nouveau de s'endormir. Elle s'était donc contentée de garder les yeux ouverts, profitant d'une immobilité de son corps qui lui évitait de ressentir trop de douleurs. Maintenant elle devait attendre le retour de son père, même si elle avait espéré que sa mère arrive avant lui. Simplement parce que c'était d'elle qu'elle avait besoin, de la chaleur de son amour, de la certitude qu'elle était en vie. Elle s'en voulait d'ailleurs de ne pas se sentir la force de se lever.

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Margaret Leviaz
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Mer 30 Avr - 0:22

- Mais bordel, est-ce que quelqu’un va me dire où se trouve ma fille ?!

Qui était la folle furieuse qui hurlait dans les couloirs ? Etait-il nécessaire de poser la question ? Non, pas véritablement… Il suffisait de suivre cette voix, à la fois tremblante, et si forte, si pleine de détermination… et de lassitude. Oui, Margaret était lasse… Epuisée par tout ce qu’il s’était produit elle n’aspirait plus qu’à une seule chose. Au calme… Non, plus précisément, au calme qu’elle pourrait trouver en serrant sa fille dans ses bras. C’était si terrible, de savoir Nix si proche, sans parvenir à la trouver… Comment était-ce possible ? L’était-ce seulement ? Pourquoi, alors qu’elle avait fait le plus vite qu’il lui avait été possible pour sauver sa fille, n’avait-elle pu que l’entre-apercevoir ? Où s’était-elle donc cachée ? Pourquoi s’exilait-elle ? La fuyait-elle ?

Il y avait bien trop de réponse, auxquelles Margaret aurait sans doute préféré ne pas avoir de réponses. Ce qui s’était produit dans cette Ecole l’avait bouleversée plus qu’elle n’avait encore eu le temps d’y songer. Cela remettait en cause beaucoup de choses… Beaucoup de choses concernant Caliban. Pourquoi avait-il levé toutes les mesures de sécurité ? Que faisait-il donc à présent pour protéger sa fille et tous ces jeunes ? Ces jeunes fous, oui… Margaret s’était retrouvée contre sa volonté installée au sein même de ce qu’elle protégeait et détestait tout à la fois. Elle inspira profondément, et se décida à relâcher le pauvre malheureux qu’elle tenait par le col de sa chemise, et qui ne savait visiblement pas où était Nix. En réalité, Margaret n’avait que guère de force, et l’élève ne risquait pas grand-chose… mais la lueur qui brillait dans ses yeux suffisait aisément à dissuader les plus téméraires.

Elle sentait ses jambes trembler de fatigue sous elle, ses pensées s’entrechoquer douloureusement, et son ventre crier famine avec une constance désespérante. Il aurait fallu qu’elle s’allonge, qu’elle dorme… Ces neuf heures de vol et d’attention constante quasiment inhumaine l’avait vidée de toute énergie physique. Le désordre qui avait régné un moment dans l’Ecole n’avait pas arrangé son état, tout comme l’inquiétude qui la tenaillait toujours concernant la santé de son époux… Inquiétude ridicule, d’ailleurs, puisque la pouf qui lui servait de médecin lui avait vraisemblablement sauvé la vie. Il fallait bien lui reconnaître ça… Mais cela ne l’empêchait pas d’être inquiète. Inquiète parce qu’il lui cachait de choses… à elle, comme à tout le monde. Un pressentiment désagréable s’immisçait le long de sa colonne vertébrale. Une intuition qu’il se passait quelque chose de grave… Que Caliban avait fait quelque chose d’irréparable…

Voilà pourquoi elle sillonnait les couloirs de l’Ecole, à la recherche de la chair de sa chair… pour la serrer dans ses bras, simplement. S’assurer qu’elle allait bien… ou découvrir qu’elle allait mal. Le cœur au bord des lèvres, Margaret s’arrêta, prise de vertiges à cette pensée, autant que sous la faim qui la tenaillait. Caliban n’aurait jamais dû laisser Nix seule pour diriger cette… cette chose. C’était une erreur. Une terrible erreur. Voilà pourquoi elle avait refusé qu’il vienne la sauver. Elle avait eu raison… Il s’était passé dans cette Ecole des choses terribles, qui n’auraient jamais dû se produire. Et Margaret savait autre chose…

… si Caliban avait laissé sa fille chérie seule au milieu d’une Ecole de fous impossible à gérer, c’était qu’il avait fait quelque chose, au préalable, pour qu’elle ne court aucun risque… et ce quelque chose effrayait Margaret plus encore que tout le reste. Qu’avait-il fait à sa fille ? La voleuse ferma les yeux, pour rechercher un calme qui l’avait quittée depuis bien longtemps. Elle était dans un tel état de nerfs que le moindre mot de travers aurait pu l’enflammer littéralement de colère… ou la faire fondre en larmes. Dans un geste machinal, elle glissa sa main dans sa poche, et en retira le porte clé qu’elle avait savamment subtilisé à Adam, et qu’elle avait gardé précieusement. Ses doigts se refermèrent sur l’objet, qu’elle fit ensuite tourner autour de son index… cela eut tendance, inexplicablement, à la calmer. Autant qu’elle pouvait être calmée, cela va de soi.

Alors la solution lui parut si simple… Où pouvait donc se terrer Nix autrement que dans l’endroit le mieux gardé de cette Ecole ? Les appartements de son père. Quelle idiote, pourquoi n’avait-elle pas commencé par là ? Parce que son esprit logique l’avait quittée, dès qu’elle s’était retrouvée dans le même endroit que sa fille… Son cœur battit un peu plus vite, d’inquiétude autant que d’appréhension, tandis qu’elle s’approchait de la porte des appartements de Caliban. Elle n’eut pas besoin de frapper pour entrer… Elle était une Leviaz. Tous les dispositifs de sécurité la laissèrent passer. Et elle se retrouva à deux pas de la pièce où se trouvait sa fille… L’idée en elle-même avait quelque chose d’irréel. Elle eut l’impression de marcher littéralement sur des œufs. Ses mouvements étaient ralentis, presque douloureux, et ses pas aussi hésitants que décidés.

Ses yeux d’abysse découvrirent un spectacle qui la laissa sans voix durant de longues et cruelles secondes qui la terrifièrent. Sa fille… sa fille crachait du sang. Sa fille était recroquevillée sur ce canapé qui lui rappelait bien trop de souvenirs. Sa fille était si pâle… Sa fille était plus morte que vive. Et elle était seule. La rage et le chagrin affluèrent tour à tour jusqu’à son cœur. Chagrin de se trouver si impuissante face à la vision qu’elle découvrait, face à cette vérité douloureuse… Rage envers celui qui n’était pas aux chevets de Nix, alors qu’elle le savait responsable de cette absence de lumière dans les yeux de la jeune fille. Et puis… ces deux sentiments disparurent dans une même pulsion qui la fit se précipiter vers le canapé, et tomber à genoux au chevet de sa fille. Il n’y avait plus rien d’autre que l’envie de la prendre dans ses bras. Cette chaleur qu’offre l’amour maternel, si simple, si désuet peut-être… Impuissant, après tout… Mais c’était cette envie de la sauver, de la réchauffer contre son cœur qui brillait dans les yeux doux et profonds de Margaret.


- Oh, ma chérie…

Elle ne reconnut pas cette voix qui était la sienne. Maggie sentit un sanglot s’emparer de sa gorge, et se tut. Les mains tremblantes, elle passa ses doigts frais et tendres sur le front fiévreux de Nix, et réussit, dans un effort qui était digne d’admiration, à lui sourire d’une manière qui sembla presque rassurante. Elle ne comprit pas ce qui arriva ensuite… Tout était flou. Comme dans un rêve… ou peut-être était-ce un cauchemar ? On voulait lui prendre sa fille, alors qu’elle venait juste de la retrouver… Elle ne le permettrait pas.

Elle sentit ses bras entourer Nix dans une étreinte chaleureuse, quoique tremblante, et ses doigts fins vinrent se perdre dans les mèches blondes de la jeune fille, les caressant doucement dans un geste apaisant, tout en la berçant contre elle. Les murmures qui franchirent ses lèvres furent purement instinctifs, et presque inaudibles…


- Je t’aime… Si tu savais comme je t’aime…

Margaret ferma les yeux, sentant le corps si faible de son enfant contre le sien, qui aurait voulu prendre sa place… Tout subir. Tout subir à sa place, pourvu qu’elle aille bien. Quitte à ce qu’elle la déteste, peu importait… du moment qu’elle n’avait plus cette teinte fantomatique et ce regard éteint. Le reste n’avait plus d’importance. Mais la vérité, c’était qu’elle ne pouvait rien d’autre que cette étreinte, si irréelle fût-elle… Maggie se mordit la lèvre, et articula encore, d’une voix tremblante :

- Mon dieu mais que t’a-t-il fait ?

Impossible de savoir s’il s’agissait d’une véritable question ou non. Margaret elle-même l’ignorait… elle ne savait qu’une seule chose : il fallait trouver ce crétin de Caliban, immédiatement. Qu’il guérisse sa fille, tout de suite. Qu’il répare ses erreurs… Mais voilà, elle n’avait plus la force de bouger, ou de seulement tenter d’aller à sa recherche. Elle avait juste la force de ses caresses dans les cheveux de Nix, et son souffle tiède qui effleurait sa joue…
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Mer 30 Avr - 12:49

La porte avait laissé entrer quelqu'un. Et Nix savait donc qu'il n'y avait que deux personnes - mis à part elle - , à pouvoir entrer dans ce lieu sans avoir besoin d'aide, ses parents. Tout d'abord, elle n'eut franchement aucune idée de celui qu'elle aurait préféré voir. Sa mère l'aurait aidée, oui, mais son père aurait eu la possibilité de la soigner. Bon, elle ne savait pas. Elle ne voulait pas réfléchir à ce sujet. Elle savait qu'elle avait juste besoin d'une preuve d'affection, de savoir qu'il y avait encore quelqu'un pour la voir, pour s'inquiéter de sa santé. Pour se sentir encore vivante, alors que, quelques instants plus tôt, elle avait pris la résolution de se mettre elle-même en quarantaine. Elle mit cette faiblesse dans ses décisions sur le compte de sa "maladie".

Elle entendit des pas, et tourna son visage vers eux, pour observer sa mère... sa mère qu'elle ne voyait qu'en de très rares occasions, au point, parfois de se demander si elle ne pourrait pas oublier son visage, dans les méandres de ses songes. Mais même cette absence, même cette impression de ne plus savoir laquelle avait rejeté l'autre, ne pouvaient briser cet amour qu'elle avait pour cette femme. Même si elle ne le disait pas, même si elle ne le montrait pas, Nix était attachée à celle qu'elle n'osait pas approcher. Mais c'était Margaret, qui, à cet instant précis, avait franchit les distances que l'enfant n'aurait su contrer, et qui se retrouvait près d'elle. Elle la fixa de son oeil sombre, d'une beauté égale, et de la même couleur que celui de sa mère, bien que la lueur qui y vivait soit bien différente. Nix n'avait presque plus rien dans son regard, aucune curiosité, aucune rage, et la vie semblait s'y être éteinte depuis déjà quelques heures. Cela ne l'empêchait pas de regarder sa mère comme si elle était la seule à la voir, comme si elle voyait là une apparition.

Peut-être qu'elle n'entendait pas, dans la douleur, ce qu'elle lui disait. Peut-être, au contraire, ne comprenait-elle que trop bien ce qu'elle entendait. Sa mère était là, elle lui parlait, et c'était tout ce qui importait. Nix tentait, en même temps, de calmer les pulsions de son propre coeur, qui pourtant s'emballait à une telle vue. Son pouvoir agissait déjà sur la pièce, affaiblissant considérablement, sans qu'elle puisse l'arrêter, celui de sa mère. Elle ne voulait pas que cela se produise, mais elle était dans un tel état physique que tenter de contrôler son pouvoir lui semblait suicidaire, et elle avait bien vu que trop de puissance n'était pas une solution, elle avait bien vu ce que cela avait fait à Calypso. Nix se refusait de blesser ses proches... et surtout de risquer de faire fuir, encore une fois, sa mère.

Et puis, elle se retrouva dans les bras maternel, bercée par une chaleur qu'elle ne connaissait que trop peu et qui, tout d'abord, l'effraya. Les rapports, si faibles, entre Nix et sa mère étaient tels qu'elle se sentait comme un animal sauvage, avec elle, et qu'elle avait des gestes qui montraient bien qu'elle n'était qu'à peine apprivoisée. De plus, tout animal sauvage qu'elle était, elle était aussi blessée, et elle avait aussi ce trait de caractère que partageaient ses parents : celui de mordre quand on est sur la défensive.

Mais elle ne le fit pas. Soudainement, tout contre sa mère, la tension de chacun de ses muscles se relâcha, et elle se permit de se blottir dans cette chaleur si agréable. Et enfin, elle fit ce que jamais Nix Leviaz n'avait fait de sa vie.

Elle sombra en sanglots.

A grandir dans une Ecole comme celle-ci, Nix ne s'était jamais permis cette faiblesse. Simplement parce qu'elle n'était pas faite pour se laisser aller à des sentiments, forts, à la tristesse surtout pas. Mais ici, ce n'était pas la même chose. Jamais elle ne s'était sentie aussi faible, aussi proche d'une mort qui s'était considérablement avancée. Jamais elle n'avait, à son souvenir, senti les bras d'une mère l'entourer. Et toute sa solitude s'étant brisée, elle redevenait ce qu'elle n'avait jamais su réellement être : une enfant. Une simple enfant qui savait qu'elle avait besoin d'amour.

Alors son poing se ferma sur le haut de sa mère, tandis qu'elle se laissait simplement aller, dans ce qu'elle aurait du faire depuis longtemps. Tant pis si elle se perdait dans ces larmes qu'elle ne savait plus gérer, tant pis si sa voix se brisait contre son souffle. Elle en avait besoin, elle voulait demeurer dans ces bras qui lui offraient plus de chaleur qu'elle n'en avait jamais connu, d'aussi loin qu'elle s'en souvienne. Nix s'abandonnait, s'agrippant toujours plus à la présence rassurante de sa mère.


-Tu... es en vie...

Il lui en fallut, de la concentration, pour murmurer cette timide phrase, qui pourtant lui faisait un bien fou. Elle avait été si inquiète pour sa mère, ces derniers jours, que la sentir contre elle, que l'entendre, c'était devenu presque un miracle. Nix en avait même honte d'être dans un état pareil, plutôt que de s'occuper du bien être de sa mère. Elle tenta d'oublier la douleur, se redressa légèrement, en disant d'une voix qui vibrait entre les sanglots :

-T'as faim... je... te trouver à manger... j'y vais... vite...

Mais son corps ne lui répondait pas assez bien pour trouver la force de se lever. Le désespoir qu'elle ressentit à cette idée lui arracha un gémissement, entre rage et résignation, alors qu'elle levait son regard sur le visage de sa mère.

-Je t'aime... maman... Je t'aime... Je regrette... je t'ai fait du mal... et je m'en suis voulue, quand j'ai enfin compris... Je voudrais ne plus jamais te faire souffrir... Je t'aime trop... et toi... tu as failli mourir sans que... sans que je puisse te le dire... et je m'en veux... J'aurais du te l'avouer... beaucoup plus tôt.

Nix lâcha soudainement le haut de sa mère. La fièvre jouait probablement sur sa panique, la rendant plus acérée encore qu'elle ne l'était à la base, la faisant frémir. Elle ne se rendait pas tout à fait compte de ce qu'elle faisait, elle savait simplement qu'elle devait agir, qu'elle devait se faire pardonner, qu'elle devait aider sa mère, comme celle-ci l'aidait à cet instant précis.

-Tout ça c'est de ma faute... je vais... m'occuper de toi. A manger.

Cependant elle n'avait pas la force de s'extraire de l'étreinte de sa mère, et attendait que celle-ci la laisse partir, le temps de trouver un truc à manger dans l'armoire de son père.
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Margaret Leviaz
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Jeu 1 Mai - 23:08

Quelque chose se passait… Non. Beaucoup trop de choses se passaient soudainement. Des sensations toutes plus contradictoires les unes que les autres envahissaient son corps et son cœur à un degré tel qu’elle se vit un instant prise d’un vertige à la fois effrayant et délicieux. Au milieu d’une confusion qui la rendait autant heureuse que malheureuse, Maggie sentit un détail qui se fraya un passage jusqu’à son cerveau embrumé… Elle se sentait brutalement faible. Oui, faible… ce n’était pas bien surprenant, après tout, vu ce qu’il s’était produit, et ce qu’il se produisait encore. Mais cette faiblesse-là était différente… Elle venait de son corps lui-même. De ses veines, plus exactement… De son sang. L’espace d’une fraction de seconde Margaret comprit qu’il se passait quelque chose avec son Flux… quelque chose qui avait tout à voir avec le teint pâle de sa fille et l’absence de lueur au fond de son regard. Elle eut peur… Terriblement peur. Non pas parce que son Flux semblait s’affaiblir en elle, mais car sa fille lui apparut comme victime d’un phénomène qu’elle ne maîtrisait pas… et qui allait la détruire.

Instinctivement, sous une conclusion froide et logique, que voulait nier résolument la mère retrouvant son enfant, Margaret serra davantage sa fille contre elle, comme si un geste si simple pouvait chasser au loin tous les sévices que les expériences de Caliban avaient faits à Nix. Le pouvait-elle seulement ? Non… La raison voulait qu’elle se détache de sa fille pour courir à son époux, et l’exhorter à faire quelque chose… sauver sa vie. Car c’était sa vie qui était en danger, elle n’avait plus aucun doute. Et cette intuition était d’autant plus douloureuse qu’elle était la seule qui l’étouffait presque entièrement… Mais il y eut quelque chose, qui lui apporta ce petit pincement de cœur délicieux qu’elle avait si longtemps recherché. Peut-être avait-elle tort… mais elle ne put s’empêcher de sourire en sentant le corps froid de sa fille se blottir contre elle, et ses muscles se relâcher… Peut-être avait-elle réussi à aider Nix, après tout ? Elle qui se trouvait si impuissante… se pouvait-il qu’elle ne le fût pas autant ?

Se pouvait-il que sa fille la considère davantage comme cette personne qui la serrait contre elle, qu’une voix déformée, métallique, au téléphone ? Cette simple idée, qui lui parut presque folle, en cet instant, la submergea à tel point que la terreur s’en trouva non pas moins forte, mais moins oppressante… moins paralysante. Elle lui donna une détermination qui la surprit à elle-même, et lui fit quasiment tourner la tête… Elle voulut tenter de se dégager de sa fille, pour aller chercher son époux, mais… mais Nix fondit en sanglots dans ses bras.

Margaret sentit son cœur se briser, et les éclats tomber indéfiniment, de même que les larmes de sa fille mouillaient rapidement son vêtement… Elle se sentit prise de court. Jamais elle n’aurait cru ressentir autant d’émotions contradictoires en un tel moment… Sa fille s’agrippait à elle comme pour rechercher sa chaleur, et cela la rendait si heureuse, de compter dans son cœur, qu’elle aurait pu fondre en larmes, elle aussi, de bonheur… Mais en face, il y avait cette tristesse, cette douleur de Nix qui se répercutait en son cœur, de sorte qu’elle voulut unir ses sanglots aux siens… Pleurer à sa place, souffrir à sa place… La voir sourire… Etait-ce si compliqué ? Elle n’en pouvait plus… comment pouvait-elle seulement supporter de sentir tant de détresse se blottir contre elle, sans pouvoir l’apaiser ?

Elle entre ouvrit les lèvres, sans savoir ce qu’elle avait l’intention de dire… elle n’en eut pas besoin, car elle se rendit compte qu’aucun son ne voulait seulement sortir de sa gorge… Alors elle serra son enfant, elle la berça encore, enveloppé de cette douceur maternelle dont elle n’avait pas conscience… comme si chacun de ces gestes avait une signification profonde qui lui échappait… Et puis Nix parla… Sa voix était si faible, si douloureuse que Margaret aurait voulu lui dire de ne pas parler, de ne pas s’essouffler… se reposer, simplement… dormir contre elle, fermer les yeux… faire fuir la douleur… Elle mit quelques secondes à saisir ce que le murmure de sa fille signifiait…

Oui, elle était en vie… mais à quel prix ? C’était sa faute… Si elle ne s’était pas retrouvée dans une telle situation, si elle n’avait pas risqué tant de vies, Caliban n’aurait pas été contraint de venir la sauver… et sa fille sourirait, en cet instant précis. Au lieu de cela, Nix se redressa… Ce geste eut tendance à sortir momentanément sa mère d’une sorte de transe. La panique succéda à la confusion, et elle resserra son étreinte, comme pour empêcher Nix de s’éloigner. Non… ne surtout pas bouger, dans son état. Margaret eut un mouvement de tête négatif, tout en glissant à nouveau ses doigts dans les cheveux de la jeune fille… Un murmure doux franchit ses lèvres :


- Chut… chut… ma chérie… Reste-là, ne bouge pas… Je vais très bien… Je n’ai besoin de rien… Je suis là…

Oui, elle était là… Il n’y avait que cette vérité qui comptait, rassurante et terrible à la fois… Dans le silence qui suivit, son ventre traître démenti ses paroles en émettant un grognement de protestation, qu’elle ignora royalement. Maggie ouvrit doucement les yeux pour observer à nouveau le visage meurtri de fatigue qui se releva vers le sien. Une lueur éperdue brilla dans son regard si semblable à celui de sa fille, lorsqu’elle reprit la parole… Un frisson parcourut sa colonne vertébrale, délicieux et cruel… Les paroles de Nix firent cesser un instant les battements de son cœur, et sa respiration même… Durant un moment qui lui parut infiniment long, elle plongea son regard dans celui de son enfant… et sentit des larmes affleurer jusqu’à ses yeux. Des larmes inexplicables… mélange de bonheur et de regret. L’aveu de Nix… la faisait renaître à tel point qu’elle aurait voulu rire. Rire de joie… Mais c’était si douloureux à la fois, de constater jusqu’à quel point elle avait pu se tromper… Jusqu’à quel point elle avait commis une erreur, en abandonnant son enfant. Elle se sentait soudainement si mauvaise mère, qu’elle se trouva indigne de mériter une telle étreinte, et une telle culpabilité de la part de sa fille qui s’excusait d’une souffrance dont elle n’était nullement la cause.

Margaret sentit quelque chose de chaud glisser le long de sa joue. Une larme… Doucement, avec une lenteur irréelle, elle cligna des yeux, comme revenant d’un songe… Dans un geste qu’elle ne maîtrisa pas, le cœur au bord des lèvres, elle retint Nix avec tendresse, et glissa une main le long de sa joue, comme pour tenter d’apaiser une panique qu’elle sentait monter… Instinctivement, elle se pencha, et déposa sur le front de la jeune fille un baiser tiède et hésitant.


- Non ma belle…Ce n’est pas toi qui m’a fait du mal… Ce n’est pas à toi de t’en vouloir… Je ne veux pas, d’accord ?... C’est moi… C’est moi qui ai commis une erreur… Je n’aurais jamais dû te laisser seule… Je ne voulais pas, je te le jure… J’ai eu… peur. Peur de devenir folle… et de te faire encore plus de mal. Je voulais juste te protéger… J’ai échoué… je… tu es si pâle…

Son index continuait de caresser doucement la joue de sa fille, tandis qu’elle prononçait des paroles qui s’écoulaient lentement de ses lèvres comme le cours d’un fleuve sur lequel elle n’avait aucun contrôle… Mais il lui sembla qu’au fil de ses mots, son cœur s’allégeait d’une culpabilité qu’elle ressentait toujours… mais qu’elle venait d’avouer.

- Je… je ne sais pas si je mérite que tu me pardonnes… Alors je ne te le demanderais pas… Mais Nix, crois-moi… Je ne serais pas morte… Parce que j’avais besoin de te revoir… Il n’y a pas que ton père qui m’a sauvé la vie… C’est toi qui l’as fait… C’est en pensant à toi que j’ai réussi à tenir le coup… Maintenant c’est à moi de te sauver la vie… J’ai tellement peur…

C’était la vérité… Et cette vérité faisait trembler la voix de Margaret, à tel point qu’elle s’altéra peu à peu, et laissa place à un silence troublée par leurs deux respirations irrégulières, guidées par des sentiments confus qui s’entrechoquaient dans un chaos complet. Maggie aurait voulu bouger, s’éloigner de Nix, appeler Caliban… Elle n’en trouva ni la force, ni le courage. Tout ce que venait de dire sa fille l’avait plongée dans un tel état de béatitude et de crainte mêlées qu’elle se trouva incapable de penser raisonnablement…

Pourtant, ce fut cet instinct de protéger son enfant qui la poussa à poser ses mains sur les épaules de Nix, pour la forcer à se rallonger convenablement, glissant ses doigts sur son front et ses cheveux… Elle-même, resta assise par terre, à son chevet, le visage presque à hauteur du sien, le regard brillant de larmes de joie et de détresse… Tremblante, elle appuya son front contre celui de Nix, et murmura encore :


- Je veux que tu te reposes, maintenant… Laisse-moi m’occuper de toi… Laisse-moi rattraper tout ce que je n’ai pas pu faire… Je n’ai besoin que de cela… Le reste attendra… Mon ventre en a vu d’autre, tu sais ?

Et sur cet essai timide d’humour, Margaret tenta un petit clin d’œil complice, qui se voulait rassurant… alors qu’elle était tout, sauf rassurée de l’état de santé de son enfant. Elle glissa sa main dans la sienne, et la serra doucement, traçant des petits cercles du bout de son pouce, sur la peau de la jeune fille… Et après un moment de silence qu’elle voulait apaisant, un sursaut de conscience lui fit demander enfin :

- Sais-tu où se trouve ton père ?... Toi comme moi, nous savons qu’il est le seul à pouvoir te guérir…

Il y avait dans cette vérité énoncée comme un arrière-goût de regret et d’impuissance… Oui. Le seul à pouvoir sauver Nix, était précisément l’homme qui l’avait mis dans cet état… ce que Margaret ne supportait pas.
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Nix Leviaz
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Ven 2 Mai - 14:08

Sa mère montrait plus de force qu'elle, et cela suffisait à l'empêcher de se redresser, alors qu'elle aurait voulu le faire, alors qu'elle aurait du chercher à nourrir celle qu'elle aimait tant. Tant pis, pour une fois, Nix se laissait faire sous l'avis de quelqu'un, et se contentait de se blottit un peu plus dans la chaleur maternelle. Dans ce qui lui avait tant manqué. L'oeil mi-clos, elle se contentait donc de demeurer silencieuse, en partie rassurée par les caresses dans ses cheveux, même si elle ne manqua pas de noter la protestation du ventre de Margaret.

Sa respiration était faible, mais calme. Son regard sombre, lointain, ne fixait pas grand chose au final, ne devenant attentif qu'en se relevant vers celui de sa mère. Il n'y avait plus rien de batailleur en Nix, plus rien qui ne s'oppose à qui que ce soit. Et ce n'était pas seulement une histoire de manque d'énergie. C'était parce qu'elle avait si peur de perdre ce lien avec sa mère, que son unique but était de les préserver, l'une comme l'autre.

Pourtant, si elle avait l'air proche de l'endormissement, si son corps était immobile, cela ne l'empêchait pas d'être des plus attentives aux mots de celle qui la berçait. Même si elle n'était pas tout à fait d'accord, et que des frémissements témoignaient de ce qu'elle pensait, elle demeurait silencieuse. Ce qu'elle entendait la troublait. Alors que dans son souvenir, elle avait rendu la vie impossible à sa mère, en la laissant seule, bien qu'elle ne l'ait pas fait volontairement - son père avait quelque chose d'attirant, d'hypnotique pour elle, et il lui avait fallu ce cas de rejet pour se rendre compte que cela pouvait être négatif - . Elle venait de vivre une solitude qui lui avait fait penser à celle que sa mère avait vécu. Et elle s'en voulait. Si elle avait été plus présente avec elle, peut-être qu'elle ne serait pas partie, peut-être qu'elle n'aurait pas eu "peur".

Ce fut au cours des paroles si fortes de sa mère, qu'elle se rendit compte que les gestes de Margaret parvenaient suffisamment à la calmer, à capter son attention, pour qu'elle cesse de sangloter. Elle ne savait pas réellement à partir de quand elle avait été suffisamment rassurée, mais c'était une quiétude qui, malgré la douleur et l'épuisement, avait pris place en elle. Elle buvait les mots de sa mère, elle frémissait sous ses caresses, laissant de côté la peur et la panique. Bien vite, alors qu'elle apprenait qu'elle avait, en quelque sorte, sauvé Margaret, elle se retrouva allongée, plongeant son regard dans celui de celle qui lui avait donné la vie.

Elle tenta de lui répondre par un sourire, même s'il était bien mince. Nix n'osait pas la quitter du regard, comme si, sans ce contact, sans ces gestes réparateurs qui frôlaient sa peau, elle craignait que sa mère disparaisse soudainement, sans prévenir, sans lui dire au revoir. Elle avait peur de la perdre, encore une fois, elle savait qu'elle tenait trop à elle pour la laisser partir.

Ainsi, elle esquissa une pression sur la main de Margaret, tout en fermant son oeil, le visage tourné vers sa mère. Un instant, on aurait pu penser qu'elle ne comptait pas répondre au sujet de son père, pour une raison inconnue. Qu'elle préférerait dormir. Jusqu'à ce qu'un spasme étrange la traverse, la faisant se redresser, et porter la main à sa bouche. Le sang qui s'écoula entre ses doigts, suite à sa quinte de toux, n'eut rien de rassurant. Et quand elle put reprendre son souffle, son oeil se voila. Elle posa sa main sur son propre t-shirt pour l'essuyer, avant de se servir du tissus pour enlever le sang de ses lèvres.

C'était presque un regard honteux qu'elle porta sur sa mère. Le sang sur son vêtement était bien gris, pour ne pas trahir de présence d'un Flux anormal. La jeune fille s'accorda le droit de frémir, avant de desceller enfin les lèvres :


-Je ne sais pas où il est et... je m'en fous.

Bon, elle devait réellement en vouloir à son père, pour dire une chose pareille. La jeune fille se rallongea, silencieuse, puis soupira doucement. Son autre main s'accrochait sincèrement à celle de Margaret, comme si elle était son dernier repère. Même si elle s'en voulait de se montrer dans un tel état à sa mère.

-Je ne peux pas pardonner quelqu'un qui, d'après moi, n'a fait aucune faute. Désolée. Je t'aime, Maman.

Sa main tremblait doucement. Elle se rapprocha un peu plus de Margaret, posant son autre main sur le visage de sa mère, avant de la redescendre sur son avant-bras, simplement, avec un léger sourire qui tentait de se faire rassurant... mais qui ne l'était pas réellement. Elles étaient aussi douées l'une que l'autre pour rater cette expression. Alors Nix se contenta de se rapprocher du corps de sa mère, pour profiter encore de cette chaleur...
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Caliban Leviaz
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Ven 2 Mai - 16:08

Caliban était à peine arrivé au Val des Ombres, qu'il avait déjà repris son travail, défaisant comme si Nix n'avait fait que des bêtises, chaque chose que l'enfant avait mise en place. En réalité, elle avait agit avec justesse - trop de justesse, d'ailleurs, aux yeux de l'Envie ? - , mais il jugeait cela inapproprié à la situation, et avait levé toutes les protections, toutes les aides qui avaient été demandées, toutes les interdictions qu'elle avait mis en place. Puis il s'était occupé de l'Ecole, des éventuelles reconstructions, d'apprendre ce qu'il s'était réellement passé pour sa fille fasse cela.

Au final, la situation ne lui plaisait guère, mais il pensait que ce qu'il avait pris comme décision était ce qu'il y avait de mieux. Il lui fallut donc vérifier son laboratoire, dans le doute, puisqu'il avait un peu de temps devant lui. Même si tout son corps lui semblait douloureux, même si l'idée d'avoir frôler la mort le taraudait depuis le début de la journée, il demeurait décidé dans ses gestes, et se servait de la froideur de son âme, pour agir.

A vrai dire, il était arrivé à quelques conclusions : quelqu'un, quelque part, leur avait tendu un piège. S'il avait été le seul à être visé, ce quelqu'un - qui les avait suffisamment manipulés pour les séparer et les affaiblir - aurait agi autrement, et l'aurait rendu à sa solitude. Si les élèves, alors qu'il était loin d'eux, avaient été touchés par la même arme - enfin, la même sorte d'arme - , cela limitait la raison de l'attaque. Soit on en voulait au Flux, soit on en voulait à ces jeunes délinquants en puissance. C'était donc tout aussi possible que ce soit une force d'Etat, une forme de justice, qu'un être aussi cinglé que lui.

Dans tous les cas, il fallait être bien informé pour arriver jusqu'au Val, en sachant ce qu'il s'y trouvait. Il y avait donc, au moins, un traître dans ces murs... ou en dehors, en la présence d'un ancien élève. Il y avait des multitudes de possibilités, et chercher qui serait en lien avec des gens qu'il ne connaissait même pas lui prendrait un temps fou. Quoiqu'il en soit, il avait besoin de vérifier que toutes ses expériences étaient bien à leur place. Et, quelques instants plus tard, il ressortit de son laboratoire, le visage encore plus livide qu'auparavant : certaines de ses inventions manquaient.

Il ressemblait donc bien mieux à une ombre, qu'à un homme, quand il s'avança vers ses appartements, et quand il franchit la porte, en fin de journée, avec trois assiettes sous cloches de fer. Il semblait qu'il ait fait un détour par les cuisines, pour préparer quelque chose aux filles qui se trouvaient maintenant chez lui. Du moins, il avait déduit que Nix serait forcément dans son salon, donc que Margaret l'avait retrouvée là-bas.

Et sa déduction était bonne, puisqu'il arriva dans un salon avec les deux personnes qu'il recherchait dans les couloirs. Lui qui semblait revenir d'on ne savait quel désastre - ses vêtements étaient plus proches des haillons que de vrais vêtements de Directeur, et son visage était très marqué par l'inconscience qu'il avait vécue durant quelques heures - , parut encore plus mal, en voyant l'état de sa fille. Caliban se dépêcha de déposer les assiettes sur la table basse, puis s'avança vers elle. Il dégageait une impression étrange, celle du géant qui s'était brisé sous la scène qu'il pouvait observer.


-Nix... que s'est-il passé ?

Elle n'allait pas lui répondre, bien sûr, c'était son rôle à lui. Mais la panique se lisait dans son unique oeil. Un simple souffle de vent aurait pu le briser, une simple parole pouvait le faire craquer. Ses longs doigts errèrent sur le visage de son enfant, alors qu'il se mordait les lèvres. Il concentra son pouvoir, mais ne ressentit rien de particulier, rien qui puisse lui expliquer ce qui n'allait pas, ce pourquoi sa fille était dans ce qu'il jugeait être un rejet... à moins qu'elle ne soit tombée gravement malade, mais elle ne présentait encore aucun symptôme la veille.

Il soupira doucement, tentant de calmer les battements de son coeur. Normalement, Nix avait un sang exceptionnel, vis-à-vis du Flux, un sang qui devait tout accepter sans problème. Alors où était le problème ? Y avait-il une inconnue qu'il n'avait pas prise en compte. Il prit sa tête entre ses mains. Ce qu'il avait fait était inhumain...


-Que s'est-il passé ?

Caliban semblait en état de choc, incapable de quoi que ce soit. Il tremblait sur ses longues jambes, n'osait même pas regarder dans les yeux les deux filles. Enfin, il s'accorda le droit de s'asseoir sur une chaise qui traînait non loin... enfin, de s'affaler, plus exactement.

-J'ai... préparé à manger, Maggie...

Il avait préparé son plat préféré. Il avait osé penser que cette soirée se passerait bien, sans souci, après ces jours insoutenables... dommage.
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Margaret Leviaz
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Ven 2 Mai - 23:47

Margaret ne savait pas si elle était rassurée ou non de sentir Nix s’apaiser petit à petit contre elle, jusqu’à ce que ses sanglots s’estompent. Peut-être avait-elle réussi à adoucir la douleur de sa fille… ou peut-être était-elle en train de la perdre… Cette seule idée lui parut si invraisemblable, si déchirante, et pourtant aussi proche que réelle, si bien qu’elle ne parvint pas à retenir ce frisson glacé d’horreur qui lui traversa le corps de part en part. Sa fille s’en était sans doute aperçue… et comment ne pas apercevoir la pâleur sur le visage de la voleuse, ses lèvres tremblantes, et ses yeux qui brillaient d’une cruelle impuissance ? Dans des gestes désespérés, elle continuait de bercer Nix contre elle, au creux d’une chaleur protectrice qu’elle aurait voulu bien plus apaisante encore… Est-ce que ses bras suffiraient à sauver son enfant ? Non… Elle ne pouvait rien faire. Et cela lui faisait plus mal encore… La perdre une seconde fois, c’était plus qu’elle ne pouvait seulement envisager.

Pourquoi… pourquoi fallait-il qu’une maladie inconnue sur laquelle elle n’avait aucune prise, arrache Nix à elle, au moment même où elle la retrouvait enfin, où elle la serrait dans ses bras… où elle l’entendait lui dire « je t’aime » ? Je t’aime… Ce n’était que deux mots, qui prenaient naissance sur les lèvres de la jeune fille… Mais quels mots… Margaret aurait pu s’évanouir de bonheur, si elle ne sentait pas déjà son enfant lui échapper à nouveau. Etaient-elles donc maudites ? Y avait-il quelque chose qui, chaque fois, les éloignait l’une de l’autre ? Elle ne la perdrait pas… Pas une seconde fois, elle se l’était juré. Et l’idée seule d’échouer ne lui était pas tolérable, à tel point que sa conscience refusa de l’envisager… pour éloigner toute la force de cette éventualité si proche.

Une éventualité qui s’accentua encore, lorsque Nix, restée jusqu’alors bien silencieuse à la question de sa mère, fut parcourue d’un spasme qui la fit se redresser subitement, et sursauter Margaret, d’une telle manière que son cœur lui parut se retourner complètement dans sa poitrine. Elle avait cru un instant que le sommeil allait emporté sa fille… et elle n’en avait été que plus effrayée de la voir fermer les yeux. Mais l’observer se redresser et se mettre à tousser, jusqu’à cracher ce qui sembla être du sang d’une inquiétante couleur grise, c’était encore pire que ce qu’elle avait pu imaginer… Chaque geste de sa fille lui donnait l’impression qu’elle ne pouvait être plus inquiète qu’elle ne l’était déjà… et pourtant, à chaque seconde qui s’écoulait, elle l’était davantage.

Maggie sentit un malaise la prendre, et un goût métallique subsister sur ses lèvres, tandis que sa fille essuyait les siennes avec son tee-shirt, et semblait honteuse de ce qu’il se passait… Le cœur au bord des lèvres, la voleuse eut une forte envie d’aller vomir toute son inquiétude, mais elle savait aussi qu’elle n’avait pas le droit de se le permettre. Elle se l’était promis… d’être forte. Quoi qu’il arrive… Mais ce qui arrivait, jamais elle n’aurait pu l’envisager… Quelle mère supporterait de voir son enfant souffrir devant ses yeux, sans rien pouvoir y faire ? Elle le fit pourtant, les lèvres presque aussi pâles que le reste de son visage, les yeux cernés de fatigue et d’une panique à peine dissimulée, les mains moites, mais aux gestes rassurants…

Elle fut déstabilisée par la réponse de Nix, à tel point qu’elle entre ouvrit les lèvres, et lui adressa un regard teinté d’incompréhension… Tout se bouscula dans son esprit, la logique se mêlant à la confusion… Son côté analytique commençait à mettre un peu d’ordre, en arrière-fond… Du sang gris, son Flux qui s’affaiblissait, ce phénomène semblant lié à l’état de Nix, Caliban qui aurait voulu lui donner les moyens de diriger cette Ecole… La conclusion était… si limpide qu’elle en devenait douloureuse. Caliban avait toujours considéré Nix, en un sens, comme une de ses plus belles expériences… Pourquoi donc n’aurait-il pas été tenté d’expérimenter autre chose ?... Nix possédait un Flux qu’elle n’avait pas rejeté. Pourtant, cette maladie ressemblait à cette chose que faisait le Flux lorsque le corps de l’infecté le refusait… Se pouvait-il donc que Caliban ait osé essayer d’injecter à son propre enfant un autre Flux, en plus du premier ?

Margaret eut l’impression de recevoir une douche glacée, qui la réveilla brutalement… Elle savait qu’elle avait raison. Et elle n’en souffrait que davantage… Car face à une telle chose… elle ne pouvait rien. Elle aurait dû être révoltée, en colère, furieuse même… Elle l’était, au fond. Mais elle n’en avait pas la force… Toute sa volonté s’était bornée à se rapprocher de sa fille qui lui murmurait qu’elle n’avait rien fait de mal. La serrer encore un peu contre elle, la rassurer comme elle pouvait… C’était si peu, ce qu’elle faisait… Et pourtant, elle sentait que cela lui faisait autant de bien à elle qu’à sa fille. Elles se guérissaient l’une l’autre… Mais pas suffisamment au goût de Margaret.

Nix sembla réclamer un nouveau câlin, et sa mère n’eut pas besoin de plus d’explication pour serrer tendrement sa main, déposer un baiser sur sa joue, et lui caresser légèrement le front du bout de ses doigts, en un geste lent et doux, si calme qu’il aurait pu l’endormir… Elle ferma les yeux, et murmura doucement en retour :


- Moi aussi je t’aime…

Elle inspira profondément, et son propre souffle saccadé sembla se calmer progressivement, sous l’étreinte qu’elle offrait encore à sa fille. Cette présence-là, même si c’était un corps faible et malade, lui donnait pour la première fois depuis qu’elle avait quitté le Val, l’impression d’être en vie, d’être presque entière… Presque. Parce qu’il n’y avait qu’une seule autre personne pour combler ce qui lui manquait encore. Caliban… Caliban, celui à qui elle en voulait à présent à tel point qu’elle ignorait ce qu’elle serait capable de faire, si elle se retrouvait devant lui… Il fallait pourtant bien qu’elle le soit… Car pour elle, seule Caliban était capable de réparer l’erreur qu’il avait commise. Ou l’une de ses erreurs… Cette intuition lui retourna l’estomac, et elle pinça les lèvres.

La façon dont Nix avait dénigré son père l’avait choquée, et intriguée à la fois… Il fallait que sa fille aille très mal, pour qu’elle en vienne à ne pas se soucier de l’endroit où de la santé de son paternel. Peut-être savait-elle des choses que Margaret ignorait encore… Mais ce n’était pas le moment de se poser ce genre de questions. Il fallait agir… Elle aurait voulu continuer à bercer son enfant indéfiniment, mais elle savait que cela ne serait pas utile… Et il n’y avait qu’une seule autre chose à faire : retrouver Caliban. Et se retenir de lui cracher toute sa détresse et sa rage à la figure.

Alors qu’elle en arrivait à cette résolution, bien délicate cependant, puisqu’elle ne voulait nullement se séparer de sa fille, Caliban en personne lui épargna la douleur de s’éloigner de Nix, en pénétrant lui-même dans la pièce. Trop plongée dans son inquiétude, ses pensées tortueuses et cette bulle qui s’était formée autour d’elle et de son enfant, elle ne l’avait pas entendu arriver. Elle releva lentement la tête dans sa direction…

… son regard profond, à la fois terrorisé et plein de rancœur, se posa sur le visage de son époux qui découvrait la scène… et se brisait sous le choc. Margaret ne comprit pas ce qu’il se passa alors en elle. Elle avait eu l’intention d’éclater de fureur, de hurler après lui, de le supplier de faire quelque chose, de le haïr pour ce qu’il avait osé faire… Mais toute cette rage, toute cette colère furent soufflées en une simple seconde. Cette unique seconde où elle lut sur le visage du grand Directeur un désespoir semblable au sien. Elle eut envie de pleurer… Ses épaules s’affaissèrent… Elle se crut faible. Si faible…

Caliban s’approchait de Nix et répétait plusieurs fois la même chose, comme un disque rayé, incapable d’aller au-delà de ces quelques mots… et Margaret l’entendait à peine. Sa respiration s’accélérait à nouveau, brûlante dans sa gorge, et son cœur lui faisait affreusement mal. Elle serrait fortement la main de sa fille, sans cesser de suivre des yeux les gestes de son mari… Elle souffrait de ne même pas être capable de cet accès de rage légitime. Pourquoi ? Elle l’ignorait… C’était comme si… comme si elle n’avait plus aucune raison de le détester, alors qu’il lui en offrait des milliers.

Immobile, assise par terre au pied du canapé, tremblant de tous ses membres, Margaret tenta d’assimiler les paroles de Caliban… Il ne savait pas… Il ne savait pas plus qu’elle se qu’il se passait… Se pouvait-il donc que même lui, ne puisse rien pour Nix ? Non, non… C’était impossible. L’esprit de la voleuse tenta de repousser au loin une conclusion qui ne lui convenait pas. La rage était toujours là, alimentée en grande partie par la peur de perdre un être cher… Mais cette rage, elle ne pouvait pas la laisser sortir… Elle n’y arrivait pas. Ses mots se coinçaient dans sa gorge, et des larmes se mirent à couler sur ses joues, faute de pouvoir mieux faire…

Caliban s’affala sur une chaise, et son geste la fit sursauter… elle était tellement à fleur de peau que le moindre mouvement la faisait tressaillir. Son regard glissa du visage pâle de Nix vers celui de son époux, qui n’était guère en meilleur état… Elle ne pouvait pas observer son propre visage, mais elle n’avait rien à leur envier… Elle avait tellement de choses à lui dire, à lui reprocher… Alors pourquoi diable se sentait-elle soudainement démunie, devant cet homme par qui tout le malheur arrivait, mais qui était effondré devant elle ? Margaret savait que la moindre petite chose pouvait achever de le briser… Elle eut peur…

Et les seuls mots qui parvinrent à franchir ses lèvres, furent les seuls qui n’avaient strictement aucun intérêt :


- C’est bon, je… je n’ai pas faim…

Encore une fois, comme en esprit de contradiction avec sa détentrice, le ventre de la voleuse gargouilla plus encore, ce qui l’agaça beaucoup plus profondément que cela n’aurait dû. Elle secoua vivement la tête, puis baissa les yeux vers son ventre pour s’exclamer, d’une voix bien trop stridente pour être seulement contrôlée :

- Bordel !!! J’ai pas faim, j’ai dit !... J’ai pas FAIM !

Margaret poussa un long soupir tremblant, et lâcha doucement les doigts de Nix pour plonger son visage humide de larmes entre ses mains, frémissant sous des sanglots qu’elle tentait de maintenir avec une sorte de vestige de courage. Cela ne dura quelques secondes, avant qu’elle ne se redresse, essuyant machinalement ses joues, et rabattant ses mèches rebelles derrière ses oreilles, dans un geste un peu maniaque… Elle reposa sa tête sur le bord du canapé, non loin du visage de Nix, et glissa à nouveau sa main dans la sienne, sans quitter Caliban des yeux. Il y eut encore beaucoup de mots qui se bousculèrent sur sa bouche, avant que certains ne réussissent à former une phrase complète…

- Cal… Dis-moi que tu sais ce qu’il se passe… Dis-moi que tu sais comment la guérir… Je ne te demande rien d’autre…

Sa voix était éraillée, ce qui la surprit elle-même, tout comme la teneur de ses paroles… C’était stupide. Vue la réaction de Caliban, il ne savait pas plus qu’elles se qui se produisait. Mais c’était une vérité bien trop difficile à assimiler… ou à accepter. Alors, tout en caressant la main de sa fille, Maggie s’entendit continuer faiblement :

- Je ne sais pas ce que tu as fait… Mais je ne suis pas complètement idiote… Elle crache quelque chose de gris… Du Flux… Est-ce que c’est un cas de rejet ?... Est-ce que… tu lui as injecté un autre Flux… pour la protéger pendant ton absence ?

La question n’était ni hargneuse, ni remplie de reproches cruels… Margaret voulait juste savoir ce qu’elle avait déjà deviné. Savoir… et lui laisser une chance de justifier ce qu’elle ne pensait pas pouvoir pardonner. Manipuler les gènes de sa fille comme un rat de laboratoire… c’était impardonnable. Mais à la place de la rage se substituait un sentiment plus fort qu’elle ne maîtrisait pas. L’amour… et le chagrin de voir se refléter la même douleur sur le visage de son époux.

Sa voix était presque calme, lorsqu’elle ajouta encore, du bout des lèvres :


- Je sais qu’il y a des choses que tu ne me dis pas… Je ne t’ai jamais rien demandé à ce sujet… Mais il s’agit de notre fille… Et je refuse de la perdre une seconde fois… Dis-moi… ce qu’il faut que je fasse pour l’aider… Ausculte-la maintenant pour savoir ce qu’il se passe…

Elle cligna des yeux, et son regard teinté de supplique et de désarroi se tendit plus encore vers Caliban, alors même qu’elle aurait dû plutôt le mordre pour ce qu’il avait osé faire, et qu’elle ne pouvait qu’à peine imaginer. Et puis, une dernière phrase lui échappa encore :

- Cal, relève-toi… J’en ai besoin…

Le murmure à peine audible pouvait se prendre au sens figuré comme au sens propre… et les deux étaient certainement à retenir. Margaret fixa encore un instant l’homme qui avait été toute sa vie, mais qui ne cessait de la trahir, en retenant sa respiration… Puis elle tourna la tête vers Nix, et lui offrit une nouvelle étreinte tremblante, comme si elle cherchait autant à recevoir du réconfort qu’à en donner… Elle ne la laisserait plus seule. Plus jamais…
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Caliban Leviaz
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Dim 4 Mai - 16:04

Caliban releva à peine le regard de ses longs doigts, quand il entendit la voix de Margaret. Il semblait s’être détaché du réel, s’être enfuit pour mieux se protéger, pour être au-delà de toutes les douleurs… et surtout de ces douleurs qu’il avait réussi à produire. Dans sa tête, comme un disque rayé, et avec la précision temporelle d’un métronome, l’idée unique, et simple, que cela n’aurait pas dû avoir lieu, se répétait inlassablement. Le scientifique se remémorait ce qu’il s’était passé avant qu’il ne parte de l’Ecole, ce qu’il avait bien pu faire pour que sa fille soit dans cet état.

La crise d’hystérie de sa femme put cependant l’arracher à ses pensées, pour lui faire redresser la tête sur elle. Encore une fois, il se surprit à songer que malgré des traits tirés, malgré les larmes et les sanglots, elle était toujours aussi belle. La seule force que le temps avait sur elle, c’était de souligner une beauté qui l’avait surpris depuis leur première rencontre. Et puis, il connaissait tant ses expressions, son air farouche, qu’il regrettait… Bref, le problème n’était pas là. Le problème était que si Nix était en danger actuellement, elle n’était pas la seule, et le refus que Margaret imposait à l’idée de manger n’était pas ce qu’il fallait dans un cas pareil. Il afficha un air sévère – et pourtant si différent de celui que lui connaissaient les gens de cette Ecole, qu’il aurait pu sembler doux – face à sa femme, en plissant les lèvres.

Et pourtant, aucune parole ne franchit ses lèvres, et bien vite, il s’accorda le droit de regarder de nouveau ses longues mains, si charmantes, et pourtant si détestées à ses yeux. Le regard mi-clos, lointain, il se laissait de nouveau emporter… ou était plus présent que jamais dans la pièce, sous les mots de sa femme. Il était bien difficile de savoir, bien difficile de se rendre compte de ce qu’il pouvait traverser l’esprit de Caliban. Tout ce qu’il y avait à savoir, c’était plus regrettait ses actes plus que cela n’aurait pu être possible, et que les mots de Margaret le refroidissaient, probablement trop, l’emmenant dans les méandres de ses songes.

Et puis, soudainement, elle prononça ce qu’il fallait lui dire. Bien sûr, cela eut pour effet de lui planter une dague dans le cœur, et souligna plus encore les traits de son visage, marqués par son combat, par sa défaite, par la crainte de la mort de ses deux femmes, par ce qu’il avait appris de ce qu’il était arrivé dans cette Ecole… il semblait soudainement avoir gagné dix ans de plus, ou paraissait plus irréel encore, armé de sa taille immense et de sa maigreur due à une journée d’inquiétudes. Il posa son regard sur la voleuse, puis ferma les paupières, silencieux, avant de murmurer d’un ton sévère :


-Maggie, cela fait cinq jours que tu n’as pas mangé, alors tu vas te dépêcher de dévorer ce que je t’ai préparé, ou je te l’incruste dans les veines à coups de perfusions… Si tu refuses de perdre ta fille, alors fais en sorte qu’elle ne te perde pas.

Oh, bien sûr, il sous-entendait, sans en avoir l’air, qu’il ne voulait pas non plus la perdre. Bien sûr, ces mots n’avaient pas lieu d’être, simplement parce qu’ils étaient déplacés, parce que sa femme les aurait mal pris. Si elle voulait les comprendre, elle pouvait les deviner, sinon, le mieux était de ne pas sortir de leurs batailles habituelles. Il avait préféré se montrer dur, sévère, avec elle, parce que c’était le seul moyen de communication qu’ils se permettaient encore. Parce que c’était la seule chose qu’elle voulait bien entendre de lui. Et c’était tout ce qu’il osait lui dire.

Il se leva, immense et pourtant si faible, et s’avança vers les deux filles. Le cœur au bord des lèvres, il tentait d’avoir l’air plus fort qu’il ne l’avait jamais été, plus fort qu’il ne devrait l’être dans une telle situation. Caliban était toujours au bord du gouffre, toujours sur le point de se briser, mais il devait garder ses forces pour elles deux. Une de ses mains se posa sur la taille de Margaret, l’autre brisant le contact entre la mère et la fille, pour la faire se lever. Et si l’inventeur n’était pas très sportif, ses recherches et sa tendance à tout bricoler par lui-même lui avaient offert une force assez remarquable dans les bras. Se servant de cette froideur, et de cette force, justement, il amena Margaret jusqu’à la table, jusque devant un plat, et lui posa des couverts dans les mains.


-Maintenant tu manges avant de sombrer dans l’inconscience, s’il te plaît. Et si tu ne le fais pas pour toi, ni pour moi, fais-le pour elle.

Ensuite, ce fut en quelques enjambées qu’il se retrouva au chevet de sa fille, ses mains courant le long des bras de la jeune fille, puis sur son visage, pour terminer sur ses tempes. Son œil ne semblait rien fixer en particulier, comme s’il avait de nouveau dressé plus d’une protection entre les faits et ses réflexions. Au bout d’un temps de silence, il murmura dans le calme de la pièce…

-Oui, Nix a un nouveau Flux, mais je ne suis pas complètement stupide, j’ai vérifié que tout irait pour le mieux avant de le lui donner. C’est pour cela que je ne suis pas parti trop rapidement, pour vous rejoindre, j’avais besoin d’être sûr… J’ai fait des test, Nix a un sang exceptionnel, elle devrait accepter n’importe quelle sorte de Flux. D’ailleurs, elle parvient à contrôler celui qu’elle a au niveau de son œil avec plus de facilités que n’importe qui d’autre. C’est nous qui lui avons donné cela… du moins je suppose que cette tendance à ne faire qu’un avec le Flux, et à le contrôler à la perfection, tout en repoussant des limites, cela vient du fait qu’elle soit la seule à ma connaissance née de deux parents infectés. Surtout que ni l’un ni l’autre n’avons présenté de cas de rejet. Et que nous sommes les deux premiers infectés, donc que nos corps ont eu le temps d’accepter la présence du Flux avant la conception de notre enfant.

Il continuait à glisser ses doigts sur les veines de la demoiselle, probablement en train d’essayer de comprendre ce qu’il se passait en elle, toute en suivant les déplacements du sang et du Flux.

-J’ai vérifié. Je ne pensais pas que ce ne serait pas assez, mais j’ai vérifié. J’ai fait un test pour voir s’il y avait un risque. Je n’aurais rien risqué si on ne m’avait pas donné des résultats exceptionnels, dignes des capacités de mon enfant. J’ai vu… que tout irait pour le mieux. Je lui avais déjà fait trop de mal pour tenter quoi que ce soit de dangereux. Alors… alors soit j’ai raté mon expérience, ou du moins j’aurais mieux fait de faire plusieurs tests, soit… soit la personne qui a réussi à entrer dans mon laboratoire l’a fait avant que je ne parte, avant que je ne fasse la demande à ceux qui devaient m’accompagner… il est probable qu’elle ait été là quand j’ai fait la prise de sang de Nix… et même quand Adam et toi nous avez appelés la première fois de la Mine, puisque c’était à ce moment précis que nous avons parlé la première fois, Nix et moi, de lui infiltrer un nouveau Flux.

Caliban releva le regard vers Margaret. Depuis quelques temps, il évitait celui de Nix, même si ses gestes se faisaient rassurants et calmes sur elle. Peut-être s’en voulait-il de ne pas l’avoir suffisamment protégée. D’ailleurs, ce n’était même pas une probabilité, et il fuyait la possibilité d’être face à la rancœur de son enfant.

-Quelle que soit la personne qui a réussi à nous espionner, me pousser à une telle faute envers mon enfant… je n’ai pas de mots pour trahir ma colère. Et s’il y a une seule solution que je n’ai pas encore pu trouver pour sauver un cas de rejet, je la trouverai. J’ai simplement peur que cela soit impossible…

Soudainement, les yeux mi-clos, il activa son pouvoir sur celui de sa fille, tentant de contrôler ce Flux qui la traversait. Cet acte était certes dangereux, puisqu’il n’avait aucune idée de la réaction d’un Flux face à celui qui lui était égal. Il opposait deux forces qui, normalement, devaient avoir la même puissance. La seule chose qu’il espérait, c’était qu’un cas de rejet se courbe facilement face à un pouvoir contrôlé depuis des dizaines d’années.

Ce ne fut pas aussi simple qu’il le pensait, puisque son nez se mit à saigner sous l’effort, qu’il relâcha immédiatement, en fixant enfin le regard de son enfant. Caliban se redressa, alla jusqu’à une de ses armoires dissimulées dans le mur, qu’il ouvrit, pour en sortir un mini-laboratoire. En moins de trente secondes, il était de nouveau devant sa fille, l’œil sombre, à laquelle il fit une prise de sang, qu’il glissa dans une des petites machines de son labo. Debout devant ses instruments, il avait l’air de réfléchir intensément, avant de sortir deux boîtes d’un tiroir.


-En attendant des résultats, Nix, tu vas prendre ces deux cachets. Le jaune est pour calmer la douleur, tu vas le prendre maintenant. Pour le bleu, c’est un somnifère que tu prendras après manger, qui pourra t’offrir une nuit complète. Au moins tu pourras profiter de cette soirée. Nous avons tous besoin de manger, déjà. Et de passer une soirée tranquille…

Le père déposa les cachets sur la table basse, puis alla s’installer à table, le regard perdu, face à sa femme.
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Nix Leviaz
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Dim 4 Mai - 16:05

Cette chaleur que lui procurait sa mère était une source de vie à laquelle Nix Leviaz n’était que trop peu habituée. Elle n’avait pas besoin qu’on le lui explique, pour comprendre que c’était là tout ce dont elle avait besoin. Une présence maternelle, ces baisers sur son front qui semblaient pouvoir rejeter la douleur même, et ces caresses qui lui faisaient comprendre ce pourquoi elle redoutait la solitude. Après, tout, pourquoi fuir cette affection, alors que tout allait au plus mal, alors qu’à quinze ans, elle savait que sa vie venait d’être sérieusement écourtée ?

Voilà une idée bien douloureuse. Et peut-être qu’il n’y avait rien de suffisamment fort pour exprimer sa détresse, elle qui se rendait soudainement compte qu’elle n’avait pas fait ce qu’il fallait, et que, même si elle avait agit avec justesse, ce n’était pas même la moitié de ce qu’elle voulait vivre. Peut-être que ce n’était jamais le temps pour personne, de fermer définitivement les yeux. Elle aurait au moins aimer savoir comment réagir face à une telle situation, mais elle était bien consciente qu’elle approchait d’une des limites dans les recherches de son père.

Son père qui, justement, entrait dans la pièce. Elle ne lui parla pas, ne le regardait qu’à peine, comme s’il aurait mieux fait de ne pas entrer. Elle lui en voulait de ne pas avoir prévenu une telle situation, regrettait de lui avoir donné cette idée, et ne voulait pas non plus qu’une quelconque rancœur salisse ses derniers instants… alors mieux valait ne rien dire, ne rien faire savoir, et se rapprocher un peu plus de sa mère, elle, l’Innocence. Si Nix avait su, un jour, qu’elle se tournerait vers le « bien »…

Le reste se passa vite, pour elle. Elle eut à peine le temps de se faire crier dans les oreilles, ce qui lui arracha un sursaut, que ses parents se trouvaient de nouveau dans une situation d’opposition. Comme d’habitude. Et cela la fatiguait. C’était aussi quelque chose qu’elle ne voulait pas voir, qu’elle voudrait régler définitivement avant de disparaître – et voilà, il lui arrivait une connerie et elle partait dans des sentiments nobles et des recherches pour rendre sa famille meilleure, un peu plus et elle se désespérait seule –, elle désirait voir ses parents heureux. Et elle savait qu’ils s’aimaient. Elle le sentait, elle savait si bien lire entre les lignes de son père, pour deviner ce qu’il ressentait. Bon sang, si jamais elle avait une solution pour tuer toutes les pétasses d’un coup…

Puis elle se laissa faire, sous les doigts de son père, qui lui étaient à la fois repoussants et rassurants. Voilà, elle devenait folle, en plus, la panique ne lui était pas de bon conseil. Elle s’accorda le droit de fermer les yeux, de demeurer silencieuses, sous les explications de son père, qui pourtant n’étaient pas de bonne augure. Nix Leviaz n’avait plus la force de chercher qui aurait pu faire tout cela, elle n’avait plus la force de réfléchir, à vrai dire, simplement d’entendre ce que son père lui demandait de faire. En prenant son verre d’eau, elle avala l’anti-douleur, soupira, puis se redressa pour aller rejoindre ses parents à table.

Un repas entre les Leviaz n’était pas forcément ce que l’on attendait d’un repas en famille. Simplement parce qu’elle avait des parents qui, bien que toujours mariés, ne se supportaient qu’à peine, et prenaient plus de temps pour s’engueuler qu’autre chose. Elle avait parfois l’impression d’être la seule à pouvoir se rendre compte qu’ils devaient se calmer, et mettre une bonne fois pour toutes les choses sur le tapis. Elle leur souhaitait de vivre ensemble. De comprendre qu’ils s’aimaient toujours. Nix retira la cloche de métal de son assiette, après s’être relevée pour chercher des verres et des serviettes pour tout le monde.

D’un simple coup de fourchette, elle attrapa un morceau d’omelette aux champignons. Son œil passait de son père à sa mère, attentif au moindre geste. Elle pouvait aussi noter que son père lui avait donné un médicament assez puissant, puisqu’elle ne ressentait déjà plus grand-chose. La jeune fille soupira un moment, puis dit d’une voix faible :


-On ne pourrait pas changer la punition qui… dit que je n’irai pas en vacances chez Maman ?

Bon, d’accord, pour trouver un sujet de discussion qui ne les mettrait pas en colère, il y avait mieux, mais c’était toujours autre chose qu’un silence qu’elle sentait trop pesant. Nix arrivait à un moment où elle ne voulait plus du silence, elle voulait savoir qu’elle vivait, que le monde pouvait encore vibrer autour d’elle. Qu’elle-même pouvait encore ressentir des choses.

-S’il te plaît, Papa… Je voudrais tant passer du temps avec elle…

Elle croisa un regard sombre de son père, qui acquiesça d’un signe de tête, probablement trop préoccupé pour répondre réellement. Et puis, il n’était pas compliqué d’attendre un peu de colère de la part de Margaret. La jeune fille baissa un instant l’œil, fautive, avant de se servir un peu d’eau.
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Margaret Leviaz
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Dim 4 Mai - 23:17

Maggie ne vit pas tout ce qu’il se passait sur le visage de Caliban… Elle ne remarqua pas l’inquiétude extrême qui semblait le vieillir, ni cet accès soudain de sévérité. Savait-elle ce que ses paroles pouvaient engendrer en lui, que ce soit en bien ou en mal ? En temps normal, oui, elle était consciente de chacune des réactions que pourrait avoir son mari à chacun de ses mots… C’était une manière, peut-être, de tenter de mieux le comprendre. Et de diriger, ne serait-ce qu’un bref instant, ce qu’il se passait dans sa tête. Mais là… là c’était différent. Elle ne comprenait qu’à peine ce qu’elle prononçait… ou peut-être ne le comprenait-elle que trop bien. Elle ne savait plus. Les yeux clos, elle se laissait plonger dans ce noir qui envahissait ses paupières et son âme tout entière, lui donnant une sensation de vertige, que seule la présence du corps tremblant de Nix contre le sien pouvait endiguer…

Alors elle ne saisit pas ce qu’il se produisit, lorsqu’un murmure étranger à leur bulle protectrice s’immisça jusqu’à ses oreilles. Une voix qu’elle connaissait par cœur… parce qu’elle l’avait trop entendue. Trop aimée peut-être… Il y avait dans cette voix un peu pâle, un accent d’autorité qui la fit froncer les sourcils, et rouvrir les yeux. Au prix d’un énorme effort sur elle-même, Margaret se redressa légèrement, seul geste qu’elle se résolut à faire pour s’éloigner de Nix, et se tourner vers son mari. Son cœur se serra douloureusement, sans qu’elle puisse comprendre s’il s’agissait d’appréhension, ou de rage cruellement bloquée par l’amour qu’elle lui portait encore. Ses yeux vitreux de larmes croisèrent les siens, et elle entre ouvrit la bouche…

La seule réponse qu’il voulut bien donner à toutes ses suppliques, fut une sorte d’ultimatum pour la faire se nourrir… L’instant qui suivit, Margaret se sentit muette de stupéfaction. Comment pouvait-il seulement commencer par s’occuper d’elle, quand leur enfant perdait peu à peu conscience ? Nix souffrait… Y avait-il quelque chose de plus important ? Où était donc l’intérêt de manger quelque chose, simplement pour faire plaisir à ce stupide estomac qui décidait d’émettre des bruits étranges en la faisant souffrir… juste pour le plaisir de le faire ? Elle n’avait pas faim… Enfin si, son ventre avait faim… Mais elle, se sentait bien incapable d’avaler quoi que ce fût. L’inquiétude lui coupait toute envie de manger. Mais Caliban n’avait pas tort… ce n’était pas une question d’envie, mais de nécessité…

Et la vérité, ce fut que les derniers mots de son époux lui plantèrent un poignard dans le cœur… et lui donnèrent la sensation d’atterrir brutalement au milieu d’une réalité qui la submergeait par sa force. Non, ne pas perdre sa fille… Ni lui enlever sa mère. Il avait raison… Il avait tellement raison… Il fallait qu’elle mange… Soudainement, cette idée qui jusqu’alors la révulsait, prit une toute autre allure. Elle se métamorphosa en un nouveau moyen de sauver Nix… Voilà… Dans l’esprit embrumé d’inquiétude de la voleuse, les deux notions sans lien apparent ne firent plus qu’une. Manger, pour sauver sa fille… Si Caliban n’avait pas espéré un résultat aussi radical, il risquait d’être presque surpris par la lueur déterminée qui se glissa dans les yeux de sa femme…

De sa femme qui ne bougea pas davantage de sa position, cependant… comme si son inconscient lui interdisait de s’éloigner à nouveau de sa fille, ne serait-ce que de quelques centimètres. Elle l’avait déjà fait une fois… c’était une fois de trop, qu’elle ne se pardonnerait jamais. Même en souffrant, même en se sentant rejetée, perdue, seule… elle n’avait pas le droit de la laisser. Maintenant, elle était punie pour sa faiblesse… et retrouvait son enfant, pour la voir lui être arrachée à nouveau.

Arrachée, justement, ce fut l’impression qu’elle eut lorsque la main de Caliban, sur sa taille, la fit sursauter, et que de la force de ses bras, il l’attirait vers lui pour l’éloigner de Nix. Dans un geste purement instinctif, Margaret tendit les mains vers Nix, et tenta de se débattre, bien vainement cependant, tant ses mouvements étaient teintés de lassitude… Elle voulut articuler quelque chose, une protestation, n’importe quoi… Mais ce fut en silence qu’elle se retrouva assise à la table, juste devant un plat qu’elle lorgna d’une œil perplexe, voir même haineux. Quoi, c’était ce machin inutile qui la forçait à s’éloigner de sa fille ? Elle ne voulait même pas ce qu’il y avait là-dedans… Puis elle sentit quelque chose de froid dans ses mains. Des couverts… Ses doigts se resserrèrent instinctivement sur la fourchette et le couteau qu’on venait de lui remettre, mais ses épaules s’affaissèrent, vaincues… Et un simple murmure de reddition franchit ses lèvres :


- D’accord, très bien… Je… je vais manger…

A peine avait-elle fini cette phrase, qu’elle sentit un vertige la prendre, et qu’elle se trouva obligée de lâcher ses couverts pour s’accrocher à la table, et inspirer profondément… Cet incident ne fit que confirmer les paroles de Caliban, comme une preuve on ne pouvait plus véridique. Oui… elle allait finir par s’évanouir, si elle continuait ainsi. Mais elle se sentait toujours aussi dégoûtée de devoir avaler quoi que ce fût… Il lui fallut prendre sur elle pour enlever la cloche qui retenait la chaleur du plat que Caliban avait vraisemblablement préparé… Doucement, elle baissa les yeux vers une simple omelette aux champignons… qui la fit inexplicablement sourire. Oui, c’était si simple… Mais il s’en était souvenu.

L’appétit lui revint quelque peu, sous une vague de chaleur éphémère qui s’était emparée de son corps, sans qu’elle puisse s’en expliquer totalement la raison. Elle s’empara à nouveau de sa fourchette, et la planta un peu violemment dans l’omelette, pour la porter ensuite à sa bouche. La chaleur et le goût délicieux des œufs et des champignons lui firent plus de bien qu’elle n’aurait pu seulement l’imaginer. Elle les laissa glisser dans sa gorge, s’abandonnant un instant à une satisfaction qu’elle s’en voulut de ressentir, quand sa fille allait si mal… Du coin de l’œil, elle surveilla les gestes de Caliban, qui auscultait Nix. Ce qu’il aurait déjà dû faire depuis bien longtemps, à son humble avis…

Son cœur accéléra ses battements, et elle suspendit sa seconde bouchée au-dessus du vide, la fourchette à quelques millimètres de sa bouche, dans l’attente d’une conclusion, qui, peut-être, ne lui plairait pas… Et puis son mari se mit à expliquer ce qu’elle avait déjà deviné. Alors il avait vraiment injecté un nouveau Flux à sa fille ? Margaret eut un haut-le-cœur à cette pensée, et reposa sa fourchette dans son assiette, pour plaquer une main devant sa bouche. Il avait beau assurer avoir fait tous les tests possibles et imaginables, avoir pris toutes les mesures nécessaires, et la sécurité maximale pour leur enfant… cette idée la terrifiait. Quoi qu’il pût en dire, il avait pris un risque. Maggie n’était pas stupide, elle non plus… Elle n’était peut-être pas scientifique, mais il y avait une chose dont elle était parfaitement consciente : le risque zéro n’existait pas.

En sachant cela, comment avait-il pu seulement essayer ? Elle secoua la tête… Même en se répétant cette phrase qui aurait dû l’emporter de rage, elle n’arrivait pas à lui en vouloir aussi violemment qu’elle l’aurait fait dans son état normal… Elle ne doutait pas de ses paroles, cependant… Mentir, non, elle ne l’en croyait pas capable. Dissimuler, peut-être… Mais pas mentir. Alors elle savait qu’il avait fait tout ce qu’il avait pu… Mais cela l’excusait-il ? L’erreur n’était-elle pas humaine ? Si… mais elle n’était pas permise, si cela conduisait à faire courir un risque envers la santé de leur enfant.

Leur enfant… Leur enfant, qui, d’après les paroles de Caliban, avait un sang exceptionnel, et une capacité à gérer le Flux hors du commun… Margaret ne sut pas très bien ce qu’elle ressenti à l’écoute de ces quelques mots. Un mélange de peur et d’angoisse de l’avenir… Si son époux, peut-être, voyait en cette particularité un motif de fierté ou même simplement de soulagement, Maggie, elle, ne la comprenait pas ainsi… Tout au contraire. Elle aurait préféré ne pas transmettre un tel fardeau à sa fille… Oui, elle aurait tellement préféré…

Faute de mieux, elle ne se sentit le courage que d’hocher légèrement la tête en guise d’approbation, comme pour montrer qu’elle écoutait attentivement ce qu’on lui expliquait… et qu’elle ne bronchait pas. Ce qui aurait pu paraître assez inquiétant, du point de vue de Caliban. Les mains tremblant sur ses couverts, Margaret recommença à se forcer à manger, avec une lenteur modérée, mais presque fébrile… comme si son estomac, peu à peu, en se remplissant, en redemandait davantage, et bien plus vite… Ce qui ne la faisait que davantage souffrir, en réalité, de la précipitation qu’elle ne comptait pas avoir, à engloutir son assiette.

Il y avait des mots, dans tout ce que Caliban disait, qui la mettaient mal à l’aise… « Digne des capacités de mon enfant »… Margaret esquissa une grimace. Nix était digne de vivre une vie normale, douce et sans ce genre d’épreuves à surmonter. Elle n’était pas « digne » d’elle-ne-savait-quelle capacité soit disant hors du commun des mortels. C’était si ridicule… Mais qu’y pouvait-elle ? Absolument rien. C’était justement ce qui la mettait si mal à l’aise… Parce que la seule vérité qui ressortait de tout cela n’était pas seulement envisageable… N’était-ce pas Caliban, qui avait créé ce Flux en train de détruire sa fille ? Maggie frémit, et se refusa à continuer de raisonner ainsi… En quelques secondes, elle avait déjà avalé la moitié de son assiette, sans même s’en apercevoir, son attention entièrement portée sur les faits et gestes de son époux.

C’était à peine si elle avait le temps de profiter de son plat favori, abrutie par la faim qui en réclamait toujours plus… Pourtant, il y eut quelque chose qui stoppa net ses mouvements, une seconde fois. Quelque chose qui aurait pu innocenter Caliban du tout au tout… Une falsification de dossier. Oui, bien sûr… Bien sûr, un traître qui aurait transformé les résultats des tests. Cela ne pouvait être que cela… C’était si évident… Maggie ressentit presque une incroyable et irrépressible envie de sourire. N’était-il pas si facile de croire bien vite ce que l’on voulait entendre de toute notre âme ? Malgré sa rancœur envers Caliban, Margaret sentait, au fond d’elle, qu’elle n’avait nulle envie de le détester, bien qu’il lui en donnât chaque jour plus de raisons… Alors elle n’avait aucun doute. Aveuglée par un amour qui l’avait de nombreuses fois trahie, elle fut aussitôt certaine que l’erreur de son mari n’avait tenu qu’à une tierce personne. A ce monstre tapi dans l’ombre, qui avait mis sa fille en danger… C’était lui, qu’elle détestait.

La voleuse pinça les lèvres, les articulations devenues blanches à force de serrer violemment ses couverts, sous l’accès d’une colère aussi brutale que soudaine, envers un ennemi qui, peut-être, était imaginaire. Mais la rage fut soufflée à nouveau par l’inquiétude… et les paroles de Caliban, qui annonça sa crainte de ne pas pouvoir contrer un cas de rejet. Margaret crut qu’elle allait une fois de plus rendre tout son repas, mais son estomac n’était pas de cet avis, et elle se contenta de devenir plus pâle encore, tandis qu’elle continuait à engloutit une omelette dont elle n’avait presque plus conscience.

Oh, Caliban n’était pas pour autant sorti d’affaire. Il y avait beaucoup de détails, dans cette affaire, qui la révulsait, et tandis qu’il s’apprêtait à tester son propre Flux sur celui de sa fille, Maggie ne put s’empêcher de murmurer, entre deux bouchées précipitées :


- Ca n’excuse rien, Cal’… Je ne suis peut-être pas scientifique, je n’y comprends sans doute pas grand-chose, à ce genre de subtilité, ni à comment fonctionne cette « chose », mais il y a une chose que je sais… Ne prendre aucun risque, c’est impossible. Il y a toujours un facteur qu’on ne peut pas maîtriser… Il s’appelle l’inconnu. Ce n’est pas parce que Nix a soit disant un sang exceptionnel, que cela te donne le droit de penser qu’elle ne court pas plus de risques que les autres… Un Flux, c’est déjà bien suffisant… Si tu n’avais jamais essayé auparavant d’injecter un second Flux, je ne comprends pas comment tu as seulement pu tenter l’expérience sur ta fille en premier… Elle n’est pas différente. Le risque zéro n’existe pas… La preuve est faite…

Et elle aurait préféré qu’elle ne le fût pas, bien évidemment… Margaret allait continuer son monologue, mais la goutte de sang qui perla au nez de Caliban l’interrompit, et la fit virer à une couleur presque verdâtre. Qu’était-il en train de faire ? Il y avait tant de choses qui lui échappaient… Elle avait la sensation de ne rien maîtriser, ce qui était tout à fait vrai, et cette idée lui faisait mal. Sous ses yeux, son époux tentait quelque chose qui l’épuisait tout autant que Nix… Et elle, Margaret, ne pouvait rien faire d’autre que regarder. Et manger. Elle inspira profondément, pour calmer un agacement grandissant qui l’envahissait, et ferma les yeux, ratant pour l’occasion la prise de sang que Caliban fit à sa fille, avant de lui prescrire des médicaments…

Maggie soupira de soulagement à ce stade-ci… Voilà… Là, elle avait vraiment le sentiment que quelque chose était fait. Un anti-douleur… Si cela ne réglait pas le problème de Nix, cela lui éviterait des souffrances que sa mère ne supportait pas de voir sur son visage. Et s’il pouvait par là-même lui offrir une bonne nuit de sommeil, c’était encore mieux… Elle redressa lentement la tête vers Caliban, qui s’était assis en face d’elle, mais ne s’accorda le droit de l’observer que l’espace de quelques secondes, avant de replonger dans son repas, tout en jetant des coups d’œil inquiets en direction de Nix, le cœur battant encore un peu irrégulièrement.


- Une soirée tranquille…

Ce fut la seule chose qu’elle parvint à articuler, répétant les derniers mots de son époux, comme pour les faire résonner dans l’air autour d’eux, dans une sorte de réalité qui leur échappait. Tranquille… C’était l’un des termes qui la caractérisait le moins, en cet instant précis. Elle tremblait comme une feuille, et sa respiration refusait de se calmer. Sans compter son visage aussi blanc qu’un linge, et ses gestes précipités pour engloutir son assiette. De fait, son murmure aurait pu être ironique… mais il était simplement rêveur.

Et elle garda le silence, tout le reste du temps, jusqu’au moment où Nix vint les rejoindre à table, et se mit en devoir d’apporter verres et serviettes à tout le monde, ce à quoi sa mère voulut protester énergiquement. Mais elle n’en eut ni le temps, ni l’énergie, justement, et ne put que remercier sa fille d’un sourire tendre, tout en essuyant sa bouche du coin de sa serviette. C’était qu’elle ne mangeait pas tout à fait proprement, ne maîtrisant qu’à grand peine l’ardeur de son estomac. Elle réussit cependant à interrompre son appétit vorace pour relever un regard inquiet en direction de sa fille, et lui demander précipitamment, tendant une main pour toucher son front :


- Ca va mieux ma belle ? Le médicament fait son effet ? Dis-le, si ça ne va pas, surtout… Tu retourneras t’allonger… Je ne veux pas que tu te fatigues. Tu es sûre que ça va ?
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Dim 4 Mai - 23:18

[HRP : j'y crois pas, ça rentre pas en un seul !!]

Margaret exagérait sans doute un peu, mais sa réaction était bien légitime, et poussée par une sincérité absolue, qui la fit oublier de recommencer à manger… Et puis, il y eut un autre détail, qui la scia sur place… La demande de Nix à son père. Plusieurs questions sans réponses se bousculèrent dans l’esprit de Maggie, doublées d’émotion s paradoxales. Une punition ? Pourquoi ? Qu’avait fait Nix ? Et surtout… pourquoi une telle punition ? Comment Caliban avait-il pu oser décider une telle chose, sans même la tenir au courant ? C’était l’éloigner délibérément de sa fille… Elle ne supporta pas cette simple idée.

Le couteau retomba dans l’assiette avec un bruit métallique inquiétant, et les yeux d’abysse de Margaret se rivèrent sur le visage de son époux. Tout d’un coup, elle n’eut plus faim du tout. Soit que son estomac fût véritablement rassasié, soit que la colère l’eût emporté sur tout le reste… Quoi qu’il en fût, sa voix n’avait plus rien de doux, lorsqu’elle lança enfin :


- Je peux savoir à quel moment, au juste, tu comptais me tenir au courant de ce genre de punition ? … Non, je vais reformuler ma question : qui es-tu réellement en train de punir, Nix, ou moi ? De quel droit oses-tu décider seul de ce genre de choses ? Prive-la de ta présence si le cœur t’en dit, mais je refuse que tu prennes une quelconque autorité concernant ses rapports avec moi. Tu es… Tu es vraiment… Je…

Agacée de ne pas trouver le terme adéquat, Margaret baissa les yeux, secoua la tête en guise d’énervement certain, puis planta brutalement sa fourchette dans les restes d’omelette qui se battaient en duel dans son assiette. Son cœur battait encore la chamade, mais sous une rage et une blessure qui refaisait surface. Celle de se sentir rejetée… La peur qu’on lui ôte son enfant. Si elle n’était pas aveuglée par ce qu’elle prenait pour une trahison, peut-être aurait-elle vu le bon côté des choses : cette colère venait de la détourner de son inquiétude maladive concernant la santé de Nix.

Mais était-ce réellement mieux ? Du point de vue de Caliban, vraisemblablement pas… Il s’écoula un nouveau silence tendu, avant que la voleuse ne redresse subitement la tête, ses cheveux blonds barrant son regard furibond, alors qu’elle ajoutait :


- Et pour quelle raison Nix a eu droit à cette « punition » ? J’aimerais beaucoup être mise au courant… Histoire de trouver une punition adéquate, cette fois-ci…

Le ton hargneux de la femme ne laissait nulle alternative à son mari qu’elle fixait intensément. Puis, Margaret osa un regard en coin vers sa fille, légèrement interrogateur, comme si elle ne croyait pas un seul instant que Nix puisse réellement mériter une quelconque punition…
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