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Caliban Leviaz
Envie ~ Directeur

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Age : 20
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Mar 6 Mai - 15:24

Il tourna le visage vers sa fille, lorsque celle-ci eut l'air de subir une douleur à la tête. Le Directeur, autrefois si menaçant vers sa femme, se contenta d'une moue désolée vers son enfant, l'oeil brillant de larmes. Alors il baissa quelque peu la tête, se mordillant la lèvre, puis soupira légèrement. La douleur de son enfant lui faisait mal, et l'idée simple qu'il y soit pour quelque chose le rendait malade. Silencieux, et résolu à le demeurer, il planta sa fourchette dans l'innocente omelette, avec un regard désolé.

Quand il aperçut le geste malheureux de son enfant, il entrouvrit la bouche de surprise... notamment parce qu'il n'y eut, au final, aucun mal. Le sang de sa fille avait changé de couleur, et ses cheveux s'étaient... déplacés, pour attraper l'objet qui chutait. D'accord. Crinière préhensible. C'était Crinière préhensible qu'elle avait utilisée, à un niveau très élevé. La question était de savoir comment.

Il eut à peine le temps de se la poser - et certainement pas celui de trouver une réponse - que sa femme commença à lui parler. Au début, le visage tourné vers Nix, immobile, l'oeil rivé sur les cheveux de la demoiselle, il ne sembla même pas entendre Margaret, comme s'il l'avait déjà rayée de la situation, de ce repas où il avait l'air de juger qu'elle n'avait pas sa place. Il hésita même à lui faire la réflexion qu'on lui avait demandé de se taire. Il était toujours sur ses gardes, probablement plus que jamais, puisqu'il avait obtenu le droit de voir quelque chose qu'il ne s'expliquait pas.


-Je ne peux pas me tromper.

Il prononçait cela plus comme une raison de ne pas se tuer dans l'immédiat, que comme un défi à sa femme. Et tant pis si elle le prenait mal, tant pis si elle lui faisait une quelconque réflexion, il savait ce qu'il faisait, il avait toujours su. C'était bien la seule chose qui lui permettait d'avancer, cette impression d'avoir toujours un but, toujours un moyen d'aller plus haut. S'il n'était pas aussi bien qu'un être humain, au moins, on lui avait donné un cerveau qui pouvait comprendre la vie. Comprendre ce qui faisait un être humain, et ce qui pouvait l'améliorer.

-Et je ne suis pas humain.

La voix du Directeur était plus proche des ténèbres, appliquant ses paroles comme une sentence, comme un couteau que l'on appliquait sur ses veines. non, il n'était pas humain, il était beaucoup moins que cela, il ne méritait même pas de vivre. Il se sentait parasite, dans cette réalité, comme un être qui s'accrochait aux autres pour se les approprier. Et après tout c'était ainsi qu'il vivait. Son oeil ne quittait pas sa fille, mais il était difficile de savoir sur quoi ses pensées avaient dérivé.

Sa femme qu'il semblait consciencieusement ignorer ? Son enfant qui venait de faire quelque chose qui ne devrait pas être ? Ou bien sa propre incapacité à vivre ? ... En réalité, il pensait à son sang, à son propre sang qu'il commençait à vouloir couler. La voix de Margaret lui fit enfin tourner le visage vers elle, mais la regardait-il réellement ? Rien n'était moins certain. Il était même compliqué de savoir s'il comprenait réellement ce qu'elle lui disait. S'il enregistrait ce qu'il fallait.


-J'ai tort...

L'assiette vola vers lui, mais il ne broncha pas. Il ne bougea pas plus lorsqu'elle fut arrêtée par la chevelure de sa fille, pas plus lorsque Margaret alla s'asseoir plus loin. Il ne fit pas réellement attention à ce qu'elle lui disait... ou ne l'écoutait que trop bien.

-D'où tiens-tu ce pouvoir, Nix ? Je n'ai pas de copie des Flux, seulement les données pour les créer dans un ordinateur, et je doute que quiconque puisse en trouver le code d'accès. Tout ceci est impossible.

Il soupira, passant une main sur son front.

-Mais j'ai tort... et je suis fatigué de me tromper. Faites donc sans moi.

Une goutte de sang tomba sur son assiette, entre deux champignons qui n'avaient rien demandé. Ce n'était que la première venue d'un filet douloureux, naissant du désir morbide de l'Envie.

-C'est mon enfant, c'est la seule à avoir confiance en moi. Blesse-moi, Maggie, tue-moi si cela te chante, je m'en moque, mais ne me prends pas ma fille. Ne me prends pas celle qui m'aime...
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Nix Leviaz
Orgueil

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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Mar 6 Mai - 16:01

Nix avait observé que ses parents marchaient dans sa combine. Bon, tant mieux. Elle ne s'en voulait pas plus que cela d'avoir menti - d'une, plus d'un cours avait le mensonge pour sujet, de deux, elle l'avait fait pour leur bien - , alors elle se contenta d'un léger sourire à sa mère, pâle copie du regard vaguement amusé qu'elle avait eu, alors qu'elle avait vu que sa mère la soutenait dans son attaque contre Eva. Nix ne s'en voulait absolument pas d'avoir cherché à mettre fin aux jours de la furie sexuelle. Avec un peu de chance, le calme viendrait dans la pièce.

Et merde, c'était pas le moment de faire tomber un verre - comme si cela pouvait être le moment... - . Nix fronça les sourcils dans son énervement... qui passa d'un sujet à un autre, alors qu'elle aperçut son sang changer de couleur, et ses cheveux venir à son aide alors qu'elle tendait la main pour rattraper le pauvre verre. Ok. Elle n'avait encore jamais vu cela avec son pouvoir. C'était un nouveau truc imprévisible et débile. Et c'était un peu de poudre sur un feu qu'elle peinait à étendre. Maintenant, elle ne pouvait plus que faire le compte à rebours de la rage de sa mère, sensible, à ses côtés.

Cela ne manqua pas. Margaret décida de faire ses réflexions à mi-voix, et Nix voyait la détresse dans les yeux de ses deux parents, tout en sachant qu'ils étaient parfaitement incapables de s'observer suffisamment l'un l'autre pour se rendre compte qu'ils se faisaient souffrir. Elle leur en voulait d'en arriver là, elle leur en voulait de se blesser, de se haïr. Au moins, elle n'avait plus le besoin de faire semblant d'avoir mal à la tête et d'en avoir marre : cela venait tout seul, sous ses lèvres plissées de colère.

A l'instar de ses parents, elle avait une formidable capacité à se refermer, elle qui aimait tant la présence des autres. Elle ne répondit plus à personne, ne soutint aucun regard, se contenta de serrer plus que jamais ses poings sur les pauvres couverts. Saletés de parents sourds à leurs propres sentiments. Elle n'avait aucune chance d'arriver à ses fins avec eux. Elle leur en voulait de plus en plus.

Nix sentit que l'assiette allait partir. Elle désira la rattraper, et le fit avec ses cheveux. Evidemment, cela lui donnait un temps d'arrêt, comme peu de temps auparavant avec le verre : elle avait encore tendu la main pour toucher l'objet, mais ses cheveux étaient plus rapides que ses doigts. Elle en aurait ri si ses parents ne lui tapaient pas sur les nerfs.

Sa mère alla s'asseoir dans le canapé, son père divaguait dans sa folie, et elle, elle sentait bien qu'elle allait finir par exploser. Comme eux, se laisser partir dans la colère, puisque c'était tout ce qu'ils savaient entendre. Son oeil eut l'intelligence de passer de l'observation de sa mère à celle de son père, et elle vit quelque chose qui l'horrifia simplement, le sang paternel. C'en était trop.


-Arrête ça immédiatement !

Dit-elle en se levant, et en fixant son père, les poings serrés par la rage. Elle allait engueuler ses parents... chose qui n'était pas si surprenante de la part de quelqu'un qui avait le caractère de Nix, et qui, vu comme elle était partie, n'avait pas peur d'une autre punition.

-Arrêtez vos conneries tous les deux !

Le visage sympathique de l'enfant avait fait place à une expression terrible, à un regard presque flamboyant. Décidément, elle avait bien appris l'enseignement de sa grande soeur : ne pas se déranger pour laisser échapper sa rage à sa manière.

-Je suis là, alors arrêtez de parler comme si je n'existais pas ! Arrêtez de vous engueuler, aussi ! Bon sang, j'ai vu Papa se ronger les sangs pendant des jours, mourir de peur pour ce qui arrivait à sa femme... Et je suis prête à parier que nous avons tous eu très peur les uns pour les autres. Alors voilà, après tout ce que nous avons vécu en deux jours, on arrive là, dans la même pièce, et tout ce que nous savons faire...

Elle reprit sa respiration.

-... Tout ce que nous savons faire, au lieu de nous dire à quel point nous sommes heureux de nous savoir en vie, c'est la même chose que d'habitude : on se fout sur la défensive, ce qui veut dire, dans cette connerie de famille, qu'on fait mine de s'attaquer pour déplacer l'attention, et pour éviter de trop souffrir.

Nix Leviaz ferma l'oeil un court instant. Peut-être qu'agir ainsi, que se laisser porter par la rage, n'était pas bon pour son coeur, qui balançait du Flux dément dans ses veines

-Je tiens à peine debout, bordel, je ne sais même pas ce qu'il m'arrive, comment ça se fait que j'ai l'air de collectionner tous les putains de Flux de cette Ecole. Et de toutes manières, je me fous du pourquoi, du comment, je me fous de tout cela. Si cela se trouve, je ne passerai pas les vacances, peut-être pas la nuit, et tout ce que je peux faire, c'est espérer trouver une solution que je suis bien incapable de voir seule, parce que je ne suis qu'une pauvre gamine... Je sais que vous pouvez trouver cela égoïste, mais je crois que j'ai assez de peine en pensant que chaque seconde où je vous vois est peut-être la dernière, pour supporter de vous voir vous blesser.

Elle prit une serviette de table, pour essuyer le sang qui glissait sur le visage de son père. Heureusement qu'elle n'était pas douée de tous ses moyens, oui, heureusement, sinon elle aurait explosé bien plus fort.

-Et comment faites-vous pour ne plus pouvoir lire entre les lignes ? ...

Des larmes commençaient à couler sur la joue de son oeil encore vif. Un sanglot la coupa un instant, avant qu'elle ne reprenne.

-Je ne me souviens plus très bien de vous deux. Peut-être... peut-être que je n'ai pas eu le droit de vous voir heureux ensemble. Et puis je n'ai que ce que me raconte Papa... Mais... mince, comment deux personnes qui se sont aimé suffisamment fort pour se donner la force de tout plaquer, de se couper du monde pour n'être plus qu'un... comment deux personnes qui s'aiment encore peuvent-elles avoir un tel besoin de se faire du mal ? Regardez, j'en viens à souffrir avec vous...

Bon, il fallait qu'elle se calme, vite, son coeur battait trop fort. Elle avait peur de ce que pouvait faire son rejet...


-Je ne suis à aucun d'entre vous. Je suis l'enfant de votre amour, je suis autant l'un que l'autre. C'est tout. Mais j'ai trop besoin de vous fuir quand vous vous acharnez à vous blesser...

Nix passa une main dans ses cheveux qui bougeaient seuls, de manière un peu chaotique, puis sortit de sa poche le médicament pour dormir, qu'elle posa sur la table. Elle se rassit, simplement, les coudes sur la table, le regard ancré à ce pauvre cachet.

-Alors dites-le moi immédiatement. Si votre soirée va se résumer à vous envoyer des objets au visage, à faire couler votre sang et à vous engueuler, je prends immédiatement ce médicament et je vais me coucher. Je n'ai pas besoin d'assister à ce duel... Sinon, je vais voir s'il y a du dessert dans le frigo, et j'aimerais savoir si vous en voulez un.
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La demoiselle vit à l'Ecole du Flux depuis la création de cette-dernière, elle est donc probablement connue de tous.
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Margaret Leviaz
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Mar 6 Mai - 23:59

Ce fut avec une lenteur exaspérante qu’un regard aussi abyssal qu’assassin se tourna en direction de Caliban. Margaret tremblait toujours, sans bien savoir s’il s’agissait de son manque de nourriture, de sa lassitude, ou de cette capacité qu’avaient ses nerfs à n’en faire qu’à leur tête, ce soir… et pas seulement ce soir. Elle s’en voulait… terriblement, de n’avoir pas pu accéder à la requête de sa fille. C’était si simple, ce qu’avait demandé Nix, pourtant… Un peu de calme. Se taire… Il suffisait de se taire. Mais Caliban ne le faisait pas plus qu’elle-même… Et ce regard noir qu’elle lui dédia, était lourd de sens… Ce n’était pas de la haine… Non, c’était cette agressivité défensive qu’elle ne pouvait empêcher. Et voilà… voilà qu’il déclarait n’être pas humain… Elle le détesta. Elle détesta ses mots, parce qu’ils parvenaient à lui faire plus mal encore que ceux, acides, qu’il lui avait lancé un peu plus tôt.

Il le faisait exprès. Il le faisait forcément exprès, pour la faire tomber plus encore… Il savait que cela la détruisait davantage de le voir dans cet état, que de le voir la repousser. Ou bien… s’il ne savait pas… C’était qu’il n’avait rien compris. Encore une fois… Elle lui en voulut. D’être si aveugle… Elle s’en voulut, elle aussi, de l’être tout autant. Quel con… Oui, il n’y avait pas de terme plus adéquat que celui-là. C’était un con, qui prenait un plaisir sadique à la faire souffrir… Parce qu’il ne savait plus quoi faire d’autre, en face d’elle. Parce que l’un comme l’autre, ils avaient oublié. Elle aurait pu en être anéantie… elle l’aurait voulu, oui. Se laisser retomber, simplement, sur ce canapé… Pleurer toutes ces larmes de petite fille aux rêves brisés, quelque part au fond de son cœur. Mais elle s’était juré que cela n’arriverait plus… En somme, elle s’était juré de le détester… Et elle se trahissait elle-même, de l’aimer au point d’être obligé de le mordre pour l’éloigner d’elle.

Margaret cligna simplement des yeux lorsque les cheveux étranges de sa fille parvinrent intercepter le projectile. Aucun commentaire ne franchit ses lèvres, mais une lueur inquiète traversa son regard, qu’elle fit dériver jusqu’à sa fille… Son cœur loupa un battement. Comment pouvait-elle seulement prendre le temps de se quereller avec ce connard, quand Nix souffrait d’une « maladie » mystérieuse qui lui conférait des pouvoirs bizarres et inattendus ? Elle se sentait si impuissante, face à un tel phénomène… C’était l’œuvre de son mari, qui agissait dans les veines de Nix. Tout était son œuvre, il fallait bien se l’avouer… C’était pour cette raison qu’elle était partie. Et aussi pour cette raison qu’elle en était revenue.

La voleuse crut qu’elle allait pousser un cri de désespoir lorsqu’elle entendit Caliban questionner sa fille au sujet de ce qu’il venait de se produire… Impossible. D’après lui, tout ceci était impossible. Caliban Leviaz lui-même n’avait strictement aucune idée de ce qui était peut-être en train de tuer son propre enfant. Et il ne se trompait jamais, hein ? Maggie aurait pu trouver cela infiniment ironique, si elle n’était pas morte de peur du danger que courait sa fille.

Une autre peur vint s’ajouter à la première… Celle qui naquit alors qu’elle aperçut une goutte de sang s’étaler sur le repas de son époux. Ce fut de la haine et de la panique mêlées, qui la firent se raidir sur le canapé, aux aguets… Son regard acéré ne quittait plus le visage de celui qu’elle aimait encore, bien malgré elle. Alors c’était tout ce qu’il avait trouvé ?... Tout ce qu’il pouvait faire pour la blesser encore ? Elle ne le supporta pas… D’un geste vif, elle se redressa de son long… Et les paroles de Caliban la clouèrent sur place, hébétée sous l’effet de la colère. Quoi ? Qu’avait-il dit ? Non… cela ne pouvait pas être cela… Il n’avait quand même pas osé insinuer que c’était elle, Margaret, qui lui arrachait son enfant ?... Non, il n’aurait pas…

Margaret crispa les poings si violemment qu’elle s’enfonça profondément les ongles dans la chair de ses propres paumes. Ses yeux se perdirent dans le vide, tandis qu’elle s’imaginait ce que ses pulsions lui feraient faire… Connard… Comment avait-il pu dire une chose pareille ? Elle se voyait déjà lui sauter au cou et le frapper jusqu’à ce qu’il comprenne à quel point elle avait mal… Elle se voyait le faire souffrir autant qu’elle l’aimait… Elle l’aurait fait… Elle se serait tout bonnement jetée sur lui, avec l’allure d’une lionne à la crinière fauve…

Mais une voix la brisa tout net… Sous les exclamations de Nix, Maggie sentit ses genoux se dérober sous elle, et retomba littéralement sur le canapé, baissant aussitôt les yeux jusqu’au sol, comme semblant trouver un intérêt certain dans les nuances de ses reflets. Elle ressembla soudain à une enfant… Face à sa fille, face à ses mots, elle se sentait si petite, si ridicule, si dérisoire… qu’elle n’osait plus seulement bouger, ni même oser une respiration. Son souffle s’était bloqué dans sa gorge, douloureusement. Son cœur tambourinait violemment contre ses côtes, et ses yeux lui offraient une vision de plus ou plus trouble… Bien vite, des larmes chaudes vinrent couler le long de ses joues aux traits fatigués, et ses épaules furent agitées de sanglots silencieux.

Elle n’avait plus l’air d’écouter grand-chose… Peut-être que le monde extérieur lui était devenu bien trop hostile, et qu’elle n’avait pas pu faire autrement que de s’en détacher… Ou peut-être n’entendait que trop bien ce que les paroles de Nix signifiaient. On avait donc parfaitement raison, lorsque l’on disait que la vérité sort toujours de la bouche des enfants… C’était comme si Nix arrachait un voile que sa mère s’était forcée à maintenir devant ses yeux. Tout lui apparaissait plus nettement, plus douloureux aussi… Parce que cela prouvait qu’elle avait tort. Que tout ce qu’elle faisait jusqu’ici n’avait pas de sens. Qu’au lieu de faire ce qu’elle pensait être le mieux pour sa fille, elle la faisait souffrir. Encore… Elle était impardonnable. Ils l’étaient tous les deux… Nix avait raison. Tellement raison… Pourquoi fallait-il que leur seul moyen de communication soit cette violence, cette agressivité stupide qui les montait les uns contre les autres… jusqu’au pire ?

Les lèvres de Margaret tremblèrent… Elle n’avait pas la réponse à cette question. Elle ne voulait pas la chercher, par peur de ne pas l’apprécier. Cela l’effrayait… La femme qu’elle était devenue l’horrifiait. C’était de sa faute… C’était Caliban qui l’avait ainsi métamorphosée en cette sorte de furie sans âme qu’elle devenait en face de lui. Non…. Elle avait tort. Elle seule était maîtresse de ce qui lui arrivait… Alors si elle n’était pas capable de se maîtriser… Elle n’avait plus rien à faire ici. Le message était clair… Limpide… Cruel…

Ce qui le fut plus encore, ce fut les paroles que sa fille prononça par la suite… C’était cette probabilité qu’elle ne vive pas jusqu’au lendemain. L’idée apparut à Margaret comme inacceptable. A tel point qu’elle ne voulut pas la comprendre, ni même seulement l’envisager. C’était impossible… Tout bonnement impossible. Im-po-ssible… Cette potentialité ressemblait dans son esprit à une idée si vague qu’elle n’existait même pas. Ou presque pas… Elle planait, subtilement, diffuse, dans son esprit tourmenté… Pour mieux la détruire… Margaret eut un haut-le-cœur, cependant, et dans un geste inconscient, ramena ses genoux contre elle, les enlaçant de ses bras, couchée en chien de fusil sur le canapé… Comme une enfant qui aurait fait une terrible bêtise.

Ce qui était le cas… Elle ferma doucement les yeux, pour laisser tout le reste s’éloigner d’elle, et ne retenir rien d’autre que la voix de Nix, qui disait des choses si vraies. Bien trop vraies… Maggie ne se supporta plus… Elle ne supporta plus de savoir qu’elle était cause de souffrance pour son enfant. De l’entendre pleurer, avoir mal avec eux… Tout. Tout sauf ça…

Alors lorsqu’elle entendit cette sorte d’ultimatum franchir les lèvres de sa fille, elle savait déjà ce qu’il fallait dire. Pourquoi ?... Pourquoi n’y arriverait-elle pas ? C’était si simple… Gagner, ce n’était pas mordre le plus fort. Gagner, c’était apaiser la souffrance de leur fille, la serrer dans ses bras, faire fuir son chagrin… Cela aurait dû être son seul but. Alors gagner, c’était se taire… Ne rien lui dire de mauvais, parce que personne, dans cette pièce, ne le méritait vraiment…

En un geste infiniment agile, que souligna une combinaison noire qui avait dû fortement souffrir dans le périple de la mine, Maggie se releva du canapé. Ses larmes, elle les chassa d’un revers de main déterminé. Elle n’avait pas besoin d’avoir peur… Pas besoin d’être agressive… Juste de s’occuper de sa fille. C’était la seule chose qui comptait désormais… Son pas était pourtant hésitant, tandis qu’elle s’approchait de la chaise de Nix, comme si elle craignait d’être repoussée, pour une conduite qui était inacceptable. Pourtant, elle le fit… Son cœur suspendit ses battements, mais elle se pencha pour passer ses bras autour des épaules de Nix, douce et chaleureuse, alors qu’elle posait son menton dans le creux du cou de la jeune fille.

La voix de Maggie avait retrouvé un accent de douceur qui la métamorphosait… La furie était devenue mère…


- Excuse-moi, Nix… Je ne veux pas te faire du mal… Je ne l’ai jamais voulu… Crois-moi, je ne ferais jamais rien qui puisse te faire souffrir… Cela me fait plus mal encore. Tu as raison… Je ne veux pas être cette femme qui hurle et qui lance des objets en travers de la pièce… Cette furie me fait peur… Je veux juste être ta mère. Et je veux m’occuper de toi, simplement…

La main de la voleuse se posa sur le cachet de somnifère que Nix fixait avec une attention douloureuse, et l’éloigna légèrement de sa fille, tout en se redressant légèrement, pour tenter un sourire dans sa direction. Sourire qui, bien que pâle et timide, semblait sincère, et dénué de toute hypocrisie.

- Alors ne prends pas ce cachet maintenant, s’il te plaît… Plus tard, lorsque tu auras besoin de sommeil… Je veux que tu restes un peu avec nous… Parce qu’il va y avoir un « nous », maintenant. Je sais que c’est inutile… de se faire du mal, pour se protéger. Je le sais, parce que cela te fait souffrir, toi… Et cela, je me suis juré que cela n’arriverait plus.

Le regard que Maggie adressa à sa fille était une demande de pardon… alliée à la détermination la plus évidente qui fût au monde. Quel que fût le monstre qui sommeillait en elle, elle ne le laisserait pas détruire le bien-être de sa fille. A aucun prix…

- Je vais m’asseoir, et nous allons finir ce repas… sans en tâcher les murs. C’est une promesse. Et je vais t’en faire une autre...

Margaret glissa sa main dans celle de son enfant, qu’elle trouva un peu trop froide et moite à son goût, mais elle tenta d’y faire abstraction. Son cœur battait encore bien trop irrégulièrement, mais cela lui suffisait à vivre et respirer, c’était donc déjà bien plus qu’elle n’aurait pu lui en demander. Sa voix devint un simple murmure, doux et rassurant :

- Ma chérie… Ne crois pas un seul instant que tu vas nous laisser tous seuls. C’est impossible… Impossible, tant que je serais là. Je te l’ai dit… personne ne m’arrachera à toi une seconde fois. Même pas des cheveux bioniques… Alors tu vas dormir cette nuit… Je viendrais te lever demain matin, et tous les matins qui suivront… Parce que je t’aime…

Ses doigts entremêlés dans ceux de Nix s’en détachèrent pour remonter le long de la joue de la jeune fille, en une caresse tendre et affectueuse, accompagnée d’un sourire un peu complice, qui n’en paraissait que plus réel. Maggie semblait faire preuve d’un violent courage pour chasser au loin toute sa peine et son amertume, au profit d’un calme olympien… presque irréel. Elle alliait à ses paroles douces une petite touche d’humour timide qui ne lui allait pas si mal. Et dans son regard encore brillant de larme, c’était une lueur chaleureuse qui l’avait emporté.

Oh bien sûr, elle était encore pâle… Bien sûr, elle évitait de regarder Caliban… Bien sûr… Mais elle n’avait plus rien dit pour relancer une quelconque dispute. Et un sourire, à la place d’une expression de haine, sur son visage, la transformait littéralement, sa beauté douce et simple pointant un œil timide sur ses traits fatigués. Elle s’éloigna enfin de Nix, après une légère pression sur son épaule, et s’en alla redresser sa chaise, pour annoncer ensuite :


- Je ne suis pas contre un peu de dessert… Il me semble que mon estomac pourrait encore engloutir une cuisine entière… Moi pas, mais lui, si… Et c’est lui qui a l’air de vouloir commander… En revanche, tu ne bouges pas de là, Nix… C’est moi qui vais les chercher, ces fameux desserts…

Elle lui planta un baiser volatile sur la joue, puis s’éclipsa rapidement, pour revenir tout aussi vite avec de quoi combler encore un peu leur faim à tous les trois. Ses yeux étaient rougis de larmes, mais rien ne laissait penser qu’elle aurait pu pleurer encore un peu, le bref temps ou elle s’était retrouvée seule. Elle détacha d’un geste machinal ses cheveux ambrés, qui retombèrent en cascade dans son dos, sans qu’elle y prenne garde, puis elle distribua les desserts, sentant son cœur louper un battement lorsqu’elle se força à s’approcher de Caliban pour le servir. Involontairement, sa main effleura la sienne, et elle s’empressa de la retirer pour s’éloigner rapidement, comme un rêve… Qu’était-ce frisson qui l’avait saisie à son contact ? De la peur ? Un dégoût ? Ou autre chose qu’elle ne voulait pas s’avouer ?

Elle revint sagement s’asseoir à sa place, fixant un instant son dessert, comme par peur de redresser à nouveau la tête, honteuse d’on-ne-savait-trop –quoi… Et puis elle le fit, pourtant. Son regard d’abysse rencontra celui de Caliban, d’une façon si différente qu’il fut bien difficile de croire qu’il s’agissait de ces mêmes yeux assassins. Ils étaient purement interrogateurs… Il y avait une question, que Maggie laissait en suspension entre eux. Allait-il faire de même ?... Ou n’y arriverait-il pas ?

Autant parce que le silence tendu n’était pas de bon augure, que parce qu’elle sentait sa tunique l’enserrer plus que nécessaire, Margaret se décida alors à ajouter soudainement :


- J’aurais besoin de prendre une douche, après manger… Cette tenue me donne l’impression de s’être substituée à ma peau, depuis le temps que je la porte… Et j’ai besoin de me calmer… Est-ce qu’il y a encore… quelques vêtements à moi, ici… dont je pourrais me servir ?
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Caliban Leviaz
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Mer 7 Mai - 14:53

Le cri de son enfant sembla réveiller suffisamment l'Envie pour qu'il dépose son regard sur elle, et qu'il se mette à boire ses paroles, comme s'il n'y avait plus que son enfant dans cette pièce. Un instant, il laissa son coeur se gorger de fierté, de savoir que c'était là son enfant, sa fille, qui prononçait de telles paroles, qui se permettait de reprendre la situation en main. Bien sûr, c'était tout autant douloureux de savoir qu'il n'avait pas su le faire de lui-même. Et les mots que Nix utilisait n'étaient pas là pour faire du bien, pour panser les blessures. Ils étaient simples, au fond, elle montrait ce qui la faisait souffrir, ce qu'il fallait faire pour que tout aille mieux. Et elle avait raison.

Il baissa un instant la tête, désolé d'en être arrivé à parler d'une telle façon. Et s'il prenait toutes les remarques de plein fouet - comme son Péché, autant que son habitude d'être humain le poussaient à le faire à chaque fois - , il parvenait pour une fois à garder le silence, à ne pas s'énerver. Il avait entre aperçut sa femme se lever, prête à le mordre, prête à le mettre à terre une bonne fois pour toutes. En un sens, il regrettait que Nix ait réussi à les arrêter. Au moins, cela aurait pu mettre un point à cette histoire. Mais non, elle cherchait à améliorer leurs relations, à tous les trois.

Caliban hésita à se lever pour prendre sa fille dans ses bras. Sa femme le précéda, alors, il se contenta de fermer les yeux, avec une esquisse de sourire. Il les écoutait, bien sûr, toutes les deux, sans se permettre de faire de réflexions, sans les couper. Ses doigts courraient le long de la nappe, près de lui, avec une sorte d'amusement... comme s'il était soudainement bien rassuré de ce qu'il se passait entre eux trois.

Et lorsque Margaret parla de ce qui prenait d'assaut les veines de son enfant, Caliban se contenta de se servir un verre de vin, en soulignant les paroles de sa femme.


-Il est hors de question que tu nous laisses, Nix. Je ferai tout ce que je peux, et tout ce que je pourrai, pour t'aider. Et je te jure que tu vas guérir.

Dans son oeil brillait une détermination toute particulière, celle qui l'avait brûlé quelques heures auparavant pour sa femme, celle qui le pousserait à dépasser ses limites pour son enfant. Le Directeur porta ses lèvres dans le liquide rouge, semblant ignorer celui qui le rappelait, et qui coulait le long de son front. Un court instant, Caliban se demanda comment le Flux de sa fille pouvait bien colorer ses veines, alors que jusqu'ici, cela n'arrivait jamais. S'il avait compris, son sang aurait dû être d'une couleur proche du gris.

Il avait du mal à savoir comment son cerveau parvenait à penser à ce genre de choses, dans une telle situation. Contre lui-même, il soupira, pour reprendre la conversation.


-Ta mère a raison. Nous ne te ferons plus de mal... nous voudrions juste que tu nous pardonnes de t'avoir fait souffrir.

Dans le même temps, Margaret était en train d'aller chercher les desserts. il avait vu la transformation du visage de sa femme et l'avait trouvée encore plus belle ainsi. Bien, il ferait mieux de ne pas le dire, pour éviter de faire une bêtise. Mais cela ne l'empêchait pas de la fixer, comme il aurait pu observer le fruit interdit. Elle lui était intouchable, mais si désirable, soudainement, dans sa féminité, dans ce qu'elle était devenue. L'or qui auréolait ses cheveux avait quelque chose de terriblement attirant. Il ne descella pas les lèvres.

Caliban lui adressa un vague sourire, quand elle lui donna son dessert. Leurs mains se frôlèrent, il sentit lui aussi comme un vague frisson, une pulsion qui le poussait à lui prendre la main. Heureusement, il fut immobile, comme plongé dans ses pensés qu'elle venait de briser.


-Merci.

Puis, alors qu'il gouttait une cuillerée de yaourt purement banal, avec à peine un peu de sucre, elle lui posa une question à laquelle il répondit immédiatement, sans réfléchir :

-Il y a toute une armoire de vêtements à toi, ou qui pourraient t'aller, dans ma chambre. Au cas où...

Au cas où... ? Au cas où elle revenait, bien sûr, mais mieux valait ne pas le dire.

-Enfin bref, je reviens, j'ai deux ou trois trucs à enlever dans la salle de bain.

Bon, c'était mystérieux, mais cela le força à engloutir ce qu'il lui restait de dessert, pour entrer dans la salle de bain. Caliban monta sur le tabouret qui traînait, puis récupéra les caméras qui observaient en continu sa salle d'eau. Trois petites machines fort esthétiques se retrouvèrent dans sa main. Dans le même temps, il prit deux serviettes, une qui paraissait immense, et l'autre, plus courte, pour les cheveux de sa femme.

Et en repassant par sa chambre, il s'arrêta devant un pan du mur, qu'il fit coulisser. Une armoire en grande partie habitée par des combinaisons noires, mais aussi par des habits tout autres, colorés par exemple - dont une magnifique petite robe du même bleu que les yeux de sa femme - , se présenta devant lui. D'un froncement de sourcils appréciateurs - on ne fera pas de commentaires sur la façon d'apprécier de Caliban, il fronce les sourcils s'il veut - , il jugea les vêtements qui n'attendaient que Margaret, puis retourna dans le salon, avec, dans les mains, les serviettes et les caméras.


-J'ai retiré le système de surveillance de la salle de bain. Tu pourras donc te sentir tranquille là-dedans. Voici des serviettes...

Noires et violettes, les serviettes, c'était l'Envie.

-... et en passant dans la chambre, tu verras que j'ai laissé ouvert la porte de l'armoire avec des vêtements pour toi. Prends ce que tu veux, normalement ils devraient t'aller comme il faut, et tu devrais trouver un peu de tout... C'est... au cas où tu reviennes.

Le Directeur posa les serviettes sur le canapé, puis se rassit à table, avec un sourire. Un vrai sourire, de ceux qui rassuraient, de ceux qui avaient ponctué leur vie commune.

-Pour ce qui est de la douche, tu trouveras aussi un bouton noir. J'ai installé une fonction massage. Plus tu le tournes, plus les jets d'eau seront forts, mais fais attention, il est assez sensible, comme bouton, je voulais le rendre un peu plus fiable, mais je n'ai pas eu le temps... Tu me dis si tu veux que j'aille chercher quelque chose d'autre à manger, pendant que tu te douches. Ils doivent bien avoir quelque chose dans les cuisines.

Ouais, bon, voilà, maintenant il était devenu agréable, cela pouvait presque faire peur. Attentif à ce que pourrait lui demander sa femme, il se leva, cependant, pour s'installer devant le mini-laboratoire où il avait visiblement commencé une expérience avec le sang de sa fille. De nouveau silencieux, il prit un échantillon qu'il observait au microscope, notant sur un calepin à portée de main tout ce qui lui passait par la tête.
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Nix Leviaz
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Mer 7 Mai - 22:35

C'était magique, une mère. Il suffisait que Margaret la prenne dans ses bras, pour que Nix se calme, pour qu'elle puisse entendre ce qu'on lui disait, pour qu'elle puisse comprendre la force de la présence de cette femme. Et si pendant des années elle l'avait rejetée, elle ne savait plus très bien pourquoi, désormais. Il n'y avait plus de raisons au mal qu'ils se faisaient les uns les autres, elle avait su le dire, elle espérait qu'on l'écoute, qu'aucun d'eux deux ne craquent, qu'elle ne rentre pas dans leur jeu.

Le câlin, la chaleur que lui offrait sa mère, étaient mieux que tout. Elle se sentait forte, heureuse, elle sentait sa peine se diluer, se calmer peu à peu, contre cette femme qu'elle ne connaissait qu'à peine. Nix avait toujours eu besoin de chaleur, toujours eu besoin de toucher les autres, leur sensibilité, pour mieux se faire comprendre. Pour mieux comprendre, aussi. Elle s'accorda le droit de fermer les yeux, de se laisser porter à la dérive, dans un monde simple, parfait, où elle n'était qu'une enfant. La présence de sa mère lui offrait quelque chose de plus, quelque chose qu'elle n'avait pas trouvé dans cette Ecole, et qu'elle ne voulait pas encore nommer.

Rien de plus n'avait d'importance, désormais. Rien de plus que la chaleur qu'elle ressentait au fond de son coeur, qui calmait la panique, l'effroi d'un enfant qui venait de retrouver ses parents, et qui ne voulait pas les perdre. Un simple câlin ne pouvait pas vaincre un cas de rejet, mais si Nix avait été un peu fleur bleue - ou agréable, ou simplement sympathique - , elle aurait pensé que l'amour pouvait calmer sa souffrance. A défaut de grands sentiments, elle se contenta de voir dans les étreintes de sa mère un baume incroyable, merveilleux, et de prendre Margaret comme une guérisseuse.

L'Ecole aurait pu cramer, qu'elle n'aurait pas pour autant quitté sa mère. Et toc ! Non, elle n'en voulait à aucun de ses parents... enfin, d'un côté, si, elle voulait leur dire qu'elle aurait préféré qu'ils s'aiment comme avant, mais ce n'était pas à elle de le faire, n'est-ce pas ? C'était à eux devoir l'intérêt dans une telle chose, à eux de comprendre qu'ils s'aimaient, et qu'ils y gagneraient à se le dire. Alors Nix décida de rester silencieuse, ne répondant à sa mère que par la chaleur de son corps qu'elle rapprochait du sien.

Tout ce qu'elle voulait, c'était ne pas être seule, c'était être certaine de pouvoir compter sur quelqu'un... pas forcément pour la soigner, mais surtout pour ne pas avoir peur de l'obscurité, de la possibilité de ne plus rien être, simplement, de devenir un souvenir parmi tant d'autres. Elle voulait avoir des parents, avant la fin, avoir une famille complète, savoir qu'ils vont bien... qu'ils peuvent l'aimer pour ce qu'elle était.

Peut-être bien qu'au final, elle était un peu fleur bleue. Et elle ne comptait pas le faire savoir, c'était certain. Elle goûta seule le plaisir de savoir que ses parents allaient l'aider, et se contenta d'esquisser un sourire qui se voulait rassurant à sa mère. Face au dessert, elle était fort probablement de meilleure humeur que sa joueuse qui se battait contre une barre d'espace et qui réclamait qu'on lui roule une pelle pour la remercier de son courage... et oui, tout à fait, "ça, c'est fait...", puisqu'elle parvenait de nouveau à sourire.

Un silence un peu gênant s'installa entre eux, mais ce ne fut guère important... puisque ses parents parvinrent à entamer une discussion pacifique. Il n'y avait probablement rien de plus merveilleux aux yeux de leur fille... enfin, à l'oeil, qui brillait, de leur fille. Elle avait appris à se contenter des petites choses, avec eux, l'air de rien. Nix suivait leur discussion, le regard aimant, puis vit son père se lever, revenir, donner quelques conseils, et s'installer pour ses recherches. Bon. Elle termina son repas, et alla sur les genoux de son Directeur de paternel.

D'ici, elle pouvait suivre les observations, et même donner son avis. En attendant que sa mère revienne de la douche, c'était parfait. Et c'était tout ce qu'elle voulait : la possibilité de comprendre quelque chose... même si, au bout de quelques minutes, elle s'ennuyait plus qu'autre chose, et profitait simplement de la chaleur de son père...


(HRP : Désolée, c'est nul et inutile, mais j'ai fait ça sans barre d'espace... et ma patience s'est trouvé une limite)
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Margaret Leviaz
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Jeu 8 Mai - 23:15

Margaret ne savait plus quoi penser… A vrai dire, cela commençait à devenir une habitude, cette terrible façon de ne plus être en mesure d’aligner deux pensées cohérentes ou potables, en présence de son mari et de sa fille. En un sens, cela aurait pu l’agacer, cette sorte de confusion absolument incontrôlable qui la submergeait avec eux. Elle ne pouvait pas se mentir, après tout… Entre eux deux, elle était perdue. Tout simplement perdue. Elle pouvait mordre, hurler… et se radoucir l’instant d’après. Elle pouvait voir la froideur et le mépris sur le visage de Caliban laisser place subitement à une expression presque… rassurante. C’était déstabilisant. Oh, si elle avait pu sortir de son propre corps pour s’observer avec ce regard étranger qu’elle aurait aimé avoir, elle aurait pu constater qu’elle était elle-même tout aussi déstabilisante que son mari.

Mais voilà… Elle l’entendait approuver soudainement les paroles qu’elle avait prononcées, s’excuser, rassurer Nix… la remercier. Oui, un merci banal, mais qui lui réchauffa le cœur, avec une intensité qui lui fit presque peur. Qu’était-il en train de se passer ? Son mari était-il encore lui-même ? Pourquoi tout devenait subitement différent ? Elle aurait dû rester méfiante, sur ses gardes… Elle ne sentit rien d’hostile. Néant… Plus aucune agressivité ne traversait la pièce, plus aucun éclair de colère quasiment palpable… Plus ce besoin de se rassurer en s’attaquant les uns les autres. Margaret était en train de découvrir avec un délice effrayant, que ne pas répondre, ne pas mordre en retour… lui faisait plus de bien encore. Etait-ce une faiblesse, ou une force qu’elle avait eu, de baisser les armes la première ? Elle n’était pas en mesure de répondre à cette question… Tout ce dont elle était certaine, c’était qu’elle allait mieux… La fatigue alliée au traumatisme de tout ce qui était arrivé faisait se succéder en elle des émotions contraires.

Maggie était un véritable paradoxe… Elle-même ne se comprenait pas entièrement. Pourquoi éprouvait-elle ce besoin irrépressible de sourire ? Elle s’en voulut, et se réjouit tout à la fois de ne pas parvenir à s’en empêcher. Elle n’aurait pas dû, n’est-ce pas ? Sa fille était encore si pâle… elle était en danger. En danger de mort… Et pourtant, Margaret arborait ce petit sourire en coin, un brin rêveur, qui illuminait son visage d’une lueur nouvelle et apaisante. Oh, il ne fallait pas s’y tromper… c’était toujours une inquiétude mortelle qui guidait le moindre de ses gestes, et la moindre de ses respirations. Mais indéniablement, elle ressemblait davantage à une femme, qu’à ce monstre de colère à peine humain… A une femme perdue, plus exactement.

Une femme qui entre ouvrit la bouche, lorsqu’elle entendit son mari lui répliquer immédiatement qu’il possédait déjà une armoire pleine de vêtements pour elle. Peut-être avait-elle l’intention d’y répondre quelque chose… Elle ne sut pas vraiment pourquoi elle avait ouvert la bouche, mais puisqu’aucun son ne daigna en sortir, elle la referma sagement, et ne put s’accorder longtemps le droit de fixer Caliban, avant de se sentir obligée de baisser son regard d’abîme vers son propre yaourt. Elle avait eu un étrange frisson… et ce fut avec une sorte de timidité charmante qu’elle se contenta d’hocher la tête en guise d’approbation.

Son cœur était subitement serré, et sa gorge nouée, à tel point quel eut bien du mal à avaler sa cuillerée. Il n’avait pas fini sa phrase… Au cas où… Peut-être n’y avait-il pas de fin, après tout ? Oui, peut-être que rien n’était réellement terminé. Margaret sentit ses mains trembler, et vit le danger arriver à grands pas. Non… ne pas penser à cela, et surtout pas maintenant. Elle inspira profondément, et fut fortement tentée de poser ses mains sur ses joues, pour en vérifier la chaleur. Elle les sentait la brûler. Et cette confusion nouvelle lui causait d’autant plus d’angoisse… Comment un homme qu’elle venait de traiter de connard, cinq minutes plus tôt, pouvait-il réussir à la mettre dans un tel état ? Quelque chose clochait…

Heureusement pour elle, Caliban lui offrit une diversion qui lui permit de ne pas s’étendre sur la question. Relevant la tête dans un geste vif, lorsqu’il annonça qu’il avait quelque chose à enlever, la voleuse fronça les sourcils d’un air perplexe, et concentra sa curiosité sur ce détail pourtant insignifiant. Elle le regarda avaler son yaourt à une vitesse ahurissante, puis disparaître dans la salle de bain. Qu’est-ce que c’était au juste, ces « deux ou trois trucs » ? Maggie était loin d’être dupe… et connaissant son mari, elle n’eut pas besoin d’énormément de temps pour trouver la réponse d’elle-même.

Une réponse qui se trouva justifiée précisément par le retour de Caliban, et son annonce… Bien sûr, des caméras de surveillance. Super utile, dans une salle de bain où seuls Nix et lui-même pouvaient se rendre. Maggie ne put empêcher une moue ironique à ses propres pensées. C’était pousser la paranoïa peut-être un peu loin, non ? A moins que… qu’il se permette d’y inviter des poufs, dans cette foutue salle de bain. Stop. Mauvaise pente… De toute façon, elle n’avait pas envie d’y penser. Juste de se doucher… Et elle choisit délibérément de voir dans le geste de Caliban une attention particulière qui la fit sourire. Se sentir tranquille… Oh, il faudrait bien plus que cela, pour qu’elle soit un jour tranquille. Mais elle voulait bien admettre que c’était un début…

Alors elle esquissa un nouveau mouvement de tête en guise de remerciement, lorsqu’il lui montra des serviettes, qu’il posa sur le canapé. Puis elle sentit sa respiration se bloquer dans sa gorge. Si… il venait de la finir, cette phrase. Au cas où tu reviennes… Ces mots lui semblaient si lointains, si dénués de sens, et si clairs à la fois… Margaret redressa son regard vers lui, et rencontra ce sourire vrai, sur le visage de son époux. Cela n’arrangea pas son trouble, qu’elle ne tenta même pas de cacher. Il la connaissait trop bien pour ne pas s’en rendre compte… Tout comme elle savait pertinemment qu’il aurait mieux valu ne pas évoquer une éventualité si… irréelle. Etait-ce donc si improbable ? Pourquoi cette idée qui s’était mise à germer dans son esprit lui paraissait à la fois si effrayante et si… évidente ? Entre deux échos contradictoires au milieu de sa conscience endolorie, Maggie trouva la présence d’esprit d’articuler enfin ce qui lui sembla être tout à fait plausible :


- Je… Merci beaucoup… C’est… plus qu’il n’en faut.

Très bien. C’était amplement suffisant. Maintenant stop. C’était facile, il suffisait de faire marcher ses jambes pour se redresser, et se diriger vers la salle de bain. Mais d’abord, commencer par arrêter de sourire bêtement… Et baisser le regard. Oui, surtout baisser le regard. Ce fut plus difficile que cela en eut l’air. Maggie inspira profondément, et se fit violence pour détourner la tête du sourire rassurant de son époux. Elle eut bien du mal à analyser ce qu’il dit par la suite. De quoi ? Une fonction massage… Etant donné qu’elle était tout bonnement incapable de traduire ce qu’il expliquait, elle fit le choix d’éviter de s’en servir, justement. Puisque de toute façon, elle ne saurait pas comment s’en servir… Ceci étant, elle nota cette attention soudaine qu’il avait pour elle, et qui ne l’aida pas à garder une contenance.

Lorsqu’elle l’entendit suggérer d’aller chercher quelque chose aux cuisines, elle secoua légèrement la tête d’un geste négatif, accompagnant son mouvement d’un sourire hésitant, qui ne la rendait que plus charmante, bien malgré elle cependant.


- Non, merci… Ca ne sera pas la peine… Si je mange de trop, je vais très mal dormir… Et je crois que j’ai besoin de sommeil, comme tout le monde ici.

Son regard s’accrocha à celui de Nix, et elle lui adressa un sourire tendre. La vérité c’était que de toute façon, ventre plein à ras bord ou non, elle allait mal dormir… ou ne pas dormir du tout, compte tenu de l’inquiétude qui la taraudait au sujet de sa fille. Elle n’en dit rien cependant, et se leva enfin de sa chaise pour se saisir des serviettes qui lui étaient destinées, et se diriger rapidement vers la salle de bain, se faisant violence pour ne pas jeter un regard par-dessus son épaule, en partant. Elle s’arrêta un instant devant l’armoire pleine de vêtements qui semblaient être à sa taille, et sentit inexplicablement des larmes lui monter aux yeux. Rapidement, elle s’éclipsa jusque dans la salle de bain, avant que certaines d’entre elles ne se décident à glisser le long de ses joues.

Elle ne sut pas très bien pour quelle raison, mais cela lui fit du bien… Immobile devant le miroir, elle s’accorda un moment pour observer ses traits tirés, ses cheveux défaits, ses joues creuses et humides. Elle était effrayante… Non, pathétique. Le terme exact c’était pathétique. Un soupir, puis elle détourna les yeux de son propre reflet, avant de se débarrasser habilement de cette combinaison fort pratique pour les vols en tout genre, mais nettement moins agréable, lorsqu’on la porte une semaine d’affilée… L’eau chaude de la douche lui fit un bien qu’elle ne s’attendait pas à trouver. Et lorsqu’elle en sortit au bout d’une bonne vingtaine de minutes, elle se sentit… nouvelle. Et d’attaque. Si l’on pouvait dire cela ainsi… Elle s’enroula dans la grande serviette, la fixant rapidement autour de sa poitrine, puis entreprit de se sécher consciencieusement les cheveux. Ce qui lui prit un certain temps, vu la longueur de ces-derniers.

Puis elle quitta enfin la salle de bain, ses pieds nus frôlant à peine le sol de cette démarche de voleuse si particulière. Maggie se planta devant l’armoire, et tendit une main vers l’une des combinaisons noires qui lui tendaient littéralement les bras. Elle interrompit son geste, un étrange frémissement traversant sa colonne vertébrale. Alors ses doigts coururent le long des vêtements, hésitants, s’arrêtant à plusieurs reprises sur une robe ou une autre. Et plus particulièrement sur celle qui était aussi bleue que ses yeux. Elle se mordit la lèvre, le cœur battant la chamade. Prise d’un besoin subit de voir ce qu’ils advenaient des deux personnes qu’elle aimait le plus au monde, elle pivota sur elle-même, et fit quelque pas vers le salon, pour se pencher plus ou moins discrètement dans l’encadrement de la porte.

Ses yeux d’abysse aperçurent une Nix sagement assise sur les genoux de son père. Ce spectacle la fit sourire doucement, tandis que ses cheveux humides retombaient sur son épaule, la chatouillant. Ce contact la fit revenir à la réalité. Inexplicablement rassurée, elle revint jusqu’à l’armoire, et saisit la robe bleue, qu’elle enfila sans plus d’hésitation. Et puis elle revint dans le salon, ses cheveux ambrés un peu en bataille, retombant le long de ses hanches pour les souligner d’une manière étonnamment gracieuse. La robe battait l’air autour de ses jambes, en un mouvement hypnotique dont elle n’avait pas conscience, et le bleu du tissu reflétait un regard qu’elle posa sur Caliban et Nix.

A vrai dire, elle se sentait soudainement gênée. Ses combinaisons noires étaient peut-être mornes et habituelles, mais au moins, elles lui donnaient la sensation d’être bien dans sa peau, quoique enserrée dans un tissu épais. Là, c’était précisément l’inverse. Elle se sentait trop libre… Le tissu lui paraissait si léger qu’elle avait même l’impression d’être totalement nue. Ce qui ne l’aidait pas franchement… Après un discret raclement de gorge, Maggie esquissa un léger sourire, avant de venir s’installer sagement sur le canapé. Là, elle observa un instant les faits et gestes de son époux, rassurée de le voir faire ce qui pour elle était la seule façon de sauver la vie de leur fille. Puis, au bout d’un temps qu’elle ne réussit pas à déterminer, elle osa murmurer :


- Est-ce que… tu trouves quelque chose d’intéressant ?... Nix, si tu ne te sens pas bien, n’hésite pas à nous le dire. Je ne veux pas que tu te fatigues.

Elle y ajouta un sourire tendre en direction de son enfant, mais n’osa pas lui faire signe de la rejoindre sur le canapé, bien qu’elle l’aurait beaucoup aimé. Nix avait l’air calme et tranquille, sur les genoux de son père. Elle ne voulait pas que cela cesse par sa faute. D’un autre côté, plus les secondes s’écoulaient, plus elle aurait eu besoin d’une diversion pour éviter une gêne qu’elle ne comprenait pas de l’envahir toute entière.
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Caliban Leviaz
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Sam 10 Mai - 13:29

Immense, Caliban n'était pas plus gêné que cela par la présence de sa fille sur ses genoux, puisqu'en aucun cas, elle n'altérait ses gestes. Alors, sans un mot, il faisait des recherches sur le sang de son enfant, avec une froideur assez particulière dans ses gestes, une froideur qui l'empêchait de réfléchir à ce qu'il s'était réellement passé. Sans se tromper, il jugeait que s'il s'arrêtait sur les causes, il ne s'occuperait pas suffisamment de la façon de la guérir.

Alors, ses doigts agiles devaient le conduire, il devait observer chaque chose venant de ce sang, de ces cellules qui se trouvaient face à lui. Et chaque indice, chaque chose qui n'aurait pas du exister, allait lui sauter aux yeux comme une évidence. Déjà, il se coupait du monde qui l'entourait, tout à une série de calculs et d'expériences, de comparaisons entre les faits et le possible, qui lui demandaient une concentration excessive. Et les remarques gisaient là sur son carnet de notes, qui se remplissait peu à peu d'écritures bien difficiles à comprendre.

Alors, quand Margaret revint dans la pièce, il n'y fit tout d'abord pas attention : il avait enfin trouvé quelque chose de remarquable, un fil à tirer de ce noeud, pour mieux comprendre la situation. Elle alla s'installer dans le fauteuil, il ne l'avait toujours pas regardée. Elle parla, il ne s'accorda le droit de répondre qu'un...


-'Tends.

Et elle devait le connaître suffisamment bien pour savoir que c'était là une bonne chose, qu'il avait trouvé une idée, que ses doigts qui filaient dune fiole à l'autre, que son oeil unique posé sur le microscope, étaient de bonne augure. Au bout de quelques minutes à noter ce qu'il voyait, au bout de quelques manipulations, il soupira enfin, et passa une main dans ses cheveux. Il avait lui aussi bien besoin d'une bonne douche. Mais l'heure n'était pas à ce genre de pensée.


-Il y a plusieurs choses qui... ne vont pas.

Bon, on pouvait s'en douter, tout de même. Caliban mordilla un instant son stylo, tout en fronçant les sourcils d'un air pensif. Il semblait chercher ses mots, ses réflexions, un moyen d'être juste dans ses paroles, au final.

-Je pense qu'il y a effectivement trois Flux dans les veines de Nix. J'essaye de les séparer les uns des autres, mais je risque de mettre du temps. J'aimerais être certain du troisième... de celui des cheveux. Pour comprendre comment cela se fait qu'il est là... En tous cas, ce n'est pas lui qui met le bordel dans les veines de notre enfant... ou peut-être que si, je ne sais pas trop, c'est encore flou. Disons que c'est celui que je lui ai injecté avant de partir qui est rejeté. C'est clair, dans l'échantillon : il ne parvient pas à se mêler à son sang. C'est donc bien un rejet, même s'il ne se comporte pas comme les autres rejets. Je n'ai jamais vu cela... son sang comporte normalement deux Flux, qu'il accepte sans aucun problème, mais en rejette un troisième. Je dois comprendre pourquoi.

Le père de famille déposa le stylo sur son bureau, puis baissa les yeux sur ses expériences.

-Je dois encore vérifier, mais je crois savoir pourquoi Nix est aussi fatiguée... aussi diminuée, dirons-nous. Ses veines sont trop peuplées. Même s'il n'y avait pas de rejet, elle serait mal... son coeur pompe trop de choses. Et si, comme ça, je dois lancer une idée pour la guérir... il faudrait purger ses veines. Pour en retirer le Flux que j'ai injecté en trop... avant que ce ne soit son propre sang qui s'en aille, et que son corps n'ait plus suffisamment de liquide vital.

Il sentit comme un frémissement de la part du corps qu'il avait tout contre lui.

-Pour l'instant, c'est quelque chose que je ne sais pas faire, et qui serait infiniment dangereux. Jusqu'ici, retirer le Flux des veines de quelqu'un... c'est le tuer. Même pour un cas de rejet. Là, il faudrait que j'enlève ce risque, que je puisse décider ce que je retire des veines de Nix... j'ai peur que cela me prenne du temps à mettre en place. Et que la moindre faute soit fatale. Il serait presque plus prudent d'observer ce que son corps peut faire seul... et de toutes manières, je dois vérifier toutes mes observations. Ne pas tirer de conclusions trop hâtives... je suis presque sûr, mais...

Sa phrase demeura en suspens. Il venait de tourner le visage vers le canapé, vers sa femme, sentant bien que ses paroles étaient bien difficiles à entendre. Et il la vit, dans cette robe qu'il avait observée quelques instants auparavant. Il s'accorda un sourire, la trouvant charmante, la poussière partie.

-Tu es magnifique dans cette robe, Maggie... Tu devrais la garder... Je m'excuse, mes paroles ne sont pas très positives...

Non, c'était certain. Il fit signe à sa fille de se lever, puis se tordit les doigts dans un geste profondément torturé.

-Je vais me doucher... aussi. Ca me permettra de réfléchir.

L'homme se leva. Il avait l'air d'avoir pris un coup bien plus violent que ceux du cyborg, quelques heures auparavant. Soudainement, il était presque évident de remarquer à quel point il avait l'air mal, avec sa barbe naissante, avec son oeil délavé, ses doigts frémissants. Le moindre de ses muscles semblait lui faire mal, son corps se souvenait de chaque coup reçu, de chaque brûlure.

Mais il souriait toujours avec cet air agréable. Il avait toujours l'air d'avoir un regard aimant pour les deux femmes qui partageaient avec lui cette pièce. Il était rassurant. Brisé mais rassurant... et ce fut ainsi qu'il quitta la pièce pour se diriger vers sa couche.

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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Sam 10 Mai - 15:21

Au bout d'un moment, Nix ne parvint plus à suivre les faits et gestes de son père. C'était probablement sa fièvre... ou simplement le fait qu'à force de ne rien comprendre, elle avait lâché prise sur les événements, et songé à ne porter d'intérêt qu'à la chaleur de son père. Il se battait pour elle, et elle ne savait pas comment se rendre utile. C'était douloureux, mais... bon... tant pis.

Depuis toute petite, elle suivait du regard des expériences de son père. Elle avait appris à manier le Flux, comme lui, à savoir ce qu'il apprenait des propriétés de ce liquide. C'était un peu devenu son expérience et sa recherche. Parce qu'il y aurait peut-être un jour, avait-elle pensé, où elle serait seule face à ce pouvoir qu'elle devait partager. Maintenant, cette pensée n'avait plus lieu, et elle l'acceptait comme un regret. Tant pis... tant pis, il y avait d'énormes chances qu'elle parte avant ses parents.

L'oeil clos, elle accueillit ce qui devenait petit à petit une certitude avec un frisson. C'était étrange comme elle se sentait comme avortée. Elle n'avait pas eu le temps de prouver sa valeur, de mériter d'être la fille de ses parents. Elle n'avait pas eu le temps, non, et elle ne l'aurait probablement jamais. La tristesse la fatiguait plus que tout. Plus que les battements douloureux de son coeur, qui devenaient presque habituels. Elle songea aux cas de rejets de l'Ecole. A Liz, cette fille qui l'avait croisée dans les couloirs, alors que son père venait de partir, et qui lui avait tendu la main. Elle se souvenait avoir souffert le martyr, en avançant dans les couloirs avec celle qu'elle ne connaissait qu'à peine, au final, pour atteindre les Appartements de sa soeur. Elle lui avait parlé, un peu, et se souvenait de quelques phrases de la jeune fille de l'Avarice... "J'ai oublié la douleur, j'ai appris à vivre avec." et "On finit par accepter la mort... moi je l'attends."

Nix se demandait si Hansael avait la même façon de penser à ce sujet. S'ils finissaient forcément par accepter la mort et la souffrance, si plus rien n'avait d'importance. Et puis, peut-être qu'elle avait déjà avancé sur cet étrange chemin. Peut-être... parce qu'elle sentait bien que cela n'était que minime, dénué d'intérêt, face au cas de ses parents. Elle ne voulait pas les quitter. Tout se résumait à cette pensée, à cette certitude.

Sa mère revint dans la pièce, mettant fin, un court instant, à un flot de ténèbres. La demoiselle sourit en voyant à quel point cette femme qui lui avait donné la vie était belle. Bon, elle avait probablement un avis fort subjectif, mais tout de même... tout de même, elle était bien plus charmante que toutes ces jeunes sans saveur qui traînaient autour de son père. Père qui commença à s'expliquer... à dire ce qu'il se passait en elle, comme si elle n'était pas là, comme si elle n'était qu'un cas scientifique parmi tant d'autres, comme si elle n'avait comme arrogance que le fait de se montrer hors norme. Nix avait l'habitude, il parlait souvent ainsi. Elle avait jugé que c'était pour se créer une barrière face à la douleur... parce qu'elle ne lui reconnaissait pas ce ton détaché qu'il montrait avec d'autres personnes.

Oh, les mots qu'elle entendait étaient durs, froids, coupants. Peut-être s'y attendait-elle, déjà, avant même qu'il ne les prononce. C'était terrible. Terrible que de s'imaginer ce qui n'allait pas. Que de penser que c'était un des gestes de son père qui avait tout balancé dans le chaos. Sans le savoir, après lui avoir donné la vie, il venait la reprendre. Comme elle souffrait... elle en sentait son ventre se tordre, menacer de renvoyer cette mystérieuse omelette aux champignons. Les paroles de son pères se bataillaient dans sa tête. Alors, il ne savait pas s'il pourrait l'aider... c'était dangereux, même, d'agir ?

Rester là à attendre que cela bouge n'était pas conforme à son caractère - à son Péché non plus - , c'était se résoudre à périr, se résoudre à s'asseoir au coin de la route, pour attendre la voiture qui l'écraserait. Elle n'était pas comme cela. Elle savait que son père allait l'aider... mais même sans lui, elle chercherait. Elle n'aurait de cesse de chercher une solution.

Nix aperçut son père s'en aller vers la douche. Elle reprit sa respiration, douloureuse, désormais debout en plein milieu du salon. Elle avait besoin de s'occuper les mains et les idées. Le visage en partie dissimulé derrière ses cheveux pâles, elle entreprit de débarrasser la table, rapidement. Pour ignorer les larmes qui coulaient le long de sa joue, qui allaient jusqu'à tremper son cache-oeil. Elle s'arrêta un court instant au-dessus de la poubelle, les mains vides repliées contre la couture de son pantalon. Courageuse, elle devait être courageuse. Oublier... non, accepter la difficulté, la douleur... mais pas la mort. Pas la fin.

Ses cheveux fermèrent la poubelle, elle reprit sa marche lente vers le canapé, vers sa mère. Elle avait besoin d'aide. Besoin de son père. Besoin d'entendre que tout ceci n'était qu'un cauchemar, qu'une connerie de son subconscient. Voilà, peut-être en était-elle restée à ce jour passé dans la neige, à parler - un peu - avec Hansael. Le reste n'était qu'un rêve. Et en se réveillant, elle appellerait sa mère, pour lui redire tout ce qu'elle avait dit avant l'arrivée de son père. Pour lui dire qu'il l'aimait encore. Plus qu'il n'en avait seulement l'air.

Voilà, c'était ce qu'il fallait faire. Très bien. Parfait.

Un vertige la prit. Non, plus qu'un vertige, puisqu'elle sentit sa conscience s'effriter. Sa chevelure tenta un instant de la rattraper, de s'accrocher au canapé qu'elle avait presque atteint. Trop tard, Nix chuta, perdit conscience, et se cogna au passage contre la table basse, se mettant à saigner au niveau de l'arcade gauche.

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La demoiselle vit à l'Ecole du Flux depuis la création de cette-dernière, elle est donc probablement connue de tous.
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Margaret Leviaz
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Sam 10 Mai - 23:40

Maggie ne parut pas vexée le moins du monde d’obtenir pour toute réponse un « attends » à demi-prononcé. Au contraire, elle se redressa légèrement, les lèvres tordues en une moue d’appréhension et d’impatience. Pourquoi impatience ? Parce qu’elle connaissait assez son mari pour savoir qu’il ne venait de pas de l’envoyer tout bonnement sur les roses, juste pour le plaisir de le faire. Les yeux abyssaux de la voleuse observaient avec une intensité décuplée à présent chaque geste, chaque respiration de Caliban, comme si la réponse à ses questions silencieuses s’y trouvait ancrée. Elle retint son souffle, suspendue littéralement aux lèvres du Directeur, qui s’obstinait à garder le silence, trop concentré pour s’interrompre… Qui s’obstinait à la laisser dans une ignorance pire encore que la vérité qu’il pourrait énoncer. Margaret tenta de ralentir les battements de son cœur, en vain. Sur ses genoux, ses doigts s’étaient refermés sur les plis de sa robe, qu’elle tournait et retournait en tout sens d’un geste affreusement nerveux. Elle était si pâle qu’elle paraissait au bord de l’évanouissement.

De temps à autre, son regard glissait en direction de Nix, avec autant d’intensité que lorsqu’elle fixait les gestes précis de son père, mais nettement plus d’inquiétude. Oh, Margaret avait dépassé depuis longtemps le stade de l’inquiétude. C’était l’angoisse horrible, la terreur constante… Quelque chose qui ne devrait pas exister. Et qui était là, pourtant, en elle. Cette peur atroce faisait vibrer chaque cellule de son corps, comme un état second et permanent, qu’elle ne devait plus jamais quitter. Ni dompter. Elle pouvait juste la laisser croître en elle, jusqu’à lui donner envie de vomir, de hurler, de frapper un mur, ou quelqu’un… Pourtant, c’était avec une infinie douceur qu’elle contemplait sa fille. Son enfant… Celle qu’elle avait portée, nourrie en son sein… Celle qu’elle n’avait pas vraiment vu grandir, mais qu’elle venait de retrouver… pour mieux la perdre ? Pourquoi la vie se montrait-elle d’une ironie si cruelle ?

Maggie voulait se lever, venir prendre sa fille dans ses bras, trouver la solution que Caliban cherchait juste devant elle, suspendu entre deux battements de cœur… Elle n’en eut pas la force. Ou peut-être éprouva-t-elle une faiblesse de plus. Elle n’osa pas. Elle ne voulait pas croire ce que son corps la poussait à faire. Prendre sa fille dans ses bras, par peur que cela soit la dernière fois… Non. Il n’y aurait pas de dernière fois ce soir, ni les jours qui suivront. Elle le lui avait promis… Mais pouvait-elle seulement promettre quelque chose qui n’était pas en son pouvoir ? Alors que la cruelle réponse s’imposait à son esprit, la voleuse entendit la voix de son époux s’élever à nouveau. Comme une sorte de sentence… Au moment où de petits points rouges commençaient à danser devant ses yeux, Margaret se rendit enfin compte, judicieusement, qu’il était plus que temps qu’elle recommence à respirer.

Elle inspira profondément, et referma plus encore ses poings sur cette robe qu’elle martyrisait involontairement. Ses mains étaient moites, sa tête lui tournait… Elle aurait voulu s’évanouir, pour ne plus ressentir cette inquiétude qui la martelait inlassablement. Mais non… Elle cligna des yeux, fronça les sourcils, et écouta… Ecouta… Ecouta encore… Face à Caliban, la voleuse semblait s’être brusquement métamorphosée en une statue de marbre. Aussi belle que définitivement immobile. Glacée d’effroi ? Non… ce n’était pas véritablement de la terreur qu’on lisait dans ce soudain arrêt sur image. C’était l’âme toute entière d’une femme, suspendue dans les airs, au beau milieu d’un flot de paroles qui l’atteignaient sans vraiment l’atteindre… Son esprit analytique se battait férocement en duel contre son cœur souffrant. Il y avait la rage, l’amertume, la culpabilité, l’envie de fondre en larme… en face d’un raisonnement logique et froid, qui calculait au fur et à mesure des mots du Directeur les différentes possibilités qui s’offraient à eux.

Elle n’avait pas cette même connaissance du Flux… Elle ne savait pas même véritablement les sentiments qu’elle éprouvait à l’égard de cette étrange invention de son époux. La seule chose dont elle était certaine, à présent, c’était qu’elle s’était soudainement mise à le haïr. Pourquoi ? Etait-il utile de poser la question ? Il détruisait sa fille. Ce fut la toute première conclusion à laquelle Maggie arrivait, tout en s’abreuvant des explications de Caliban comme d’une source inépuisable. Celle qui l’amènerait finalement à la solution… Parce qu’il y avait une solution. Il y en avait forcément une. Elle refusait purement et simplement de penser un instant le contraire. Trois Flux… C’était… inhumain.

Un frisson brisa l’immobilité parfaite et inquiétante de la voleuse. Elle battit des paupières, mais garda un silence irréel, le cœur battant la chamade, à tel point qu’elle avait l’impression que toute l’Ecole pourrait l’entendre. Il tambourinait jusqu’à ses tempes, avec une ardeur qui l’oppressait. Et Caliban parlait encore… Il avouait n’être sûr de rien. Il expliquait… il expliquait pourquoi sa fille était si pâle… il expliquait pourquoi elle allait peut-être mourir. Non… C’était trop. C’était un cauchemar. Un horrible cauchemar. Fermer les yeux… Fermer les yeux maintenant, et se réveiller. Maggie aurait voulu redevenir cette enfant qu’elle n’avait jamais vraiment été. Se blottir dans les bras de quelqu’un, et pleurer tout son saoul, tandis qu’on lui murmurerait que le vilain cauchemar s’en était allé.

Mais il n’y avait jamais rien eu de plus vrai que les battements sourds de son cœur. Ils se ralentissaient… bien trop, sans doute. Lassé… il battait avec une sorte d’amertume, plus lent de minute en minute, comme un supplice qui s’éternise, jusqu’au moment où le prochain battement de viendra pas. Comme si… comme si, inconsciemment, elle préférait encore mourir à la place de sa fille. Elle pouvait, n’est-ce pas ? Si une vie devait être ravie, pourquoi pas la sienne, plutôt que celle de son enfant ? Elle n’avait pas peur de la mort… Elle avait peur de celle des autres. De ceux qu’elle tenait si chèrement dans son cœur, sans jamais pouvoir le leur dire. Doucement, Maggie ramena une main jusqu’à son cœur, dans un geste qu’elle ne comprit pas. Ses yeux, deux puits sans fond, fixaient douloureusement le visage de son époux, qui apportait soudainement une petite lueur dans les ténèbres de son regard.

Une lueur qui rima avec le mot solution… Pour s’éteindre tout aussi rapidement, éphémère… Car rien n’était si simple. L’on avait beau le chasser, le désespoir revenait toujours en toute hâte, quand l’espoir avait bien du mal à pointer simplement le bout de son nez. Margaret avait mal… terriblement mal pour sa fille. Elle s’en voulait… Elle s’en voulait d’être si impuissante. La voir souffrir sans rien pouvoir y faire. Ne même pas être en mesure de venir en aide aux recherches de Caliban. N’être là que pour sourire et poser des questions, suspendue aux lèvres de ceux qui voudraient bien lui répondre. Elle voulait agir… avoir l’impression d’y faire quelque chose. Elle s’en voulait de se sentir si mal, quand sa fille souffrait bien davantage, et qu’elle avait besoin d’elle… Elle maudit sa faiblesse. La sienne, et celle de Caliban… C’était lui. Lui la source de ce qui arrivait. Maggie ne pouvait pas s’en empêcher. La vérité était là, crue et terrible : il avait lui-même causé la perte de sa fille.

La voleuse chassa violemment cette pensée, loin dans les ténèbres d’un mystérieux inconscient. Ce n’était pas le moment… Il souffrait autant qu’elle. Plus, peut-être, de ce qu’il venait de se produire. Elle le lut sur ce visage fatigué qui se redressa vers elle, et qui la chamboula, pour une étrange raison qu’elle ne chercha pas à comprendre. Il sembla passer comme une décharge d’électricité statique, et la statue qu’elle était devenue parut revenir à la vie, tandis que Caliban se permettait un compliment irréel, compte tenu de son discours inquiétant. Horriblement inquiétant. Un discours qui se résumait, dans l’esprit de Maggie, à : Nix va peut-être mourir, il y a peut-être une solution, mais aucune garantie de réussite… juste de l’espoir.

Est-ce qu’il lui en fallait plus ?... L’espoir, c’était ce qu’elle savait faire le mieux, n’est-ce pas ? Alors pourquoi se sentait-elle si démunie ? Dans n’importe quelle autre circonstance, les mots du Directeur auraient pu la faire réagir. En bien ou en mal, d’ailleurs… Elle aurait pu rougir, se sentir gênée… Ou bien au contraire lui balancer une réflexion bien sentie au visage. Là, ce fut à peine si elle parut entendre. Comme une automate, elle releva la tête pour l’observer se lever… et tout ce qu’elle fut capable de faire, suite à tout ce qu’elle venait d’entendre, ce fut d’hocher doucement la tête en guise d’assentiment, d’une manière étonnamment neutre. Qui ne dénotait que davantage de son angoisse profonde. Elle ne dit rien, cependant… Qu’y avait-il à ajouter à cela ? Elle ne pouvait pas l’aider… pour elle, ce n’était pas ce troisième Flux, que Nix avait en trop, mais déjà les deux autres. C’était trop pour un être humain… l’explication était aussi simple que ça. Et d’autant plus douloureuse.

Défier les lois de la nature pouvait s’avérer terriblement dangereux. Caliban venait d’en avoir la preuve… Cette idée lui donna la nausée. Elle ferma les yeux, pour calmer un vertige, puis tenta un vague sourire en réponse à celui de son mari qui s’éloignait, pour disparaître dans la salle de bain. Elle n’aurait su en expliquer la raison, mais il émanait de lui quelque chose de rassurant. De purement paradoxal… Suite au départ du Directeur, Maggie resta quelques instants inerte, comme hébétée, fixant le vide devant elle… Jusqu’au moment où un bruit de vaisselle parvint jusqu’à elle, la faisant cligner des yeux, comme sortant d’un songe. Aussitôt, elle tourna la tête en direction du bruit, et se rendit compte avec effroi que c’était sa fille, qui entreprenait de débarrasser la table.

En un mouvement vif, de pur réflexe, Margaret se redressa et entre ouvrit la bouche, pour protester énergiquement. Elle ne voulait pas que Nix se fatigue… Son enfant était en danger de mort. Un truc immonde se baladait dans son sang, aspirant sa vie… Et elle… débarrassait la table. Alors Maggie comprit… et referma la bouche. Elle s’avança jusqu’à la table et entreprit d’aider Nix à faire un peu de ménage, sans pour autant lui demander d’arrêter pour s’asseoir. Elle croyait comprendre ce qu’il se passait dans la tête de la jeune fille… et en aucun cas elle ne voulait l’empêcher d’essayer de se sentir mieux. Si pour se changer les idées, elle voulait débarrasser la table… Maggie la laisserait en débarrasser des millions, pourvu qu’elle se sente un peu mieux après. Mais tout en fixant les étranges cheveux de Nix, qui masquait son visage, sa mère avait le cœur lourd… Lourd de ne pas être capable d’apaiser sa propre fille. Lourd de ne même pas pouvoir deviner si elle pleurait ou non…

Margaret sentit ses jambes trembler sous elle, et se rassit sur le canapé, la respiration saccadée, les yeux fixés sur les gestes de Nix, qui revenait vers elle, et qui… perdit conscience, sous un sursaut violent et un cri de sa mère. La voleuse bondit sur ses pieds en un réflexe miraculeusement rapide, mais qui ne suffit pas à atteindre sa fille à temps… Le teint déjà pâle de Margaret vira au violet, puis au verdâtre lorsqu’elle vit le sang de la jeune fille s’écouler au-dessus de son œil. La panique s’empara de ses mains, qui se mirent à trembler.


- Nix !!!

Etait-ce vraiment elle, qui venait de hurler de cette voix suraiguë, méconnaissable ? Elle ne se posa pas la question. Son cœur avait cessé de battre. Il était mort sous l’inquiétude. L’angoisse avait gagné… Maggie ne maîtrisait plus aucun de ses gestes, et pourtant, ils étaient incroyablement calculés. C’était comme si… comme si elle s’observait de l’extérieur de son propre corps… Elle tendit les bras, hissa le corps inconscient de sa fille contre le sien avec une force qu’elle ne s’imaginait pas avoir, puis la déposa délicatement sur le canapé. En quelques mouvements précautionneux et teinté d’un sang-froid qu’elle n’avait pourtant pas, elle positionna la jeune fille le mieux qu’elle put, de telle sorte qu’elle ne risqua plus rien. Puis elle se pencha, et vérifia son pouls… Tout en elle hurlait de frayeur… Elle, détachée de toute réalité, s’empressait autour de Nix, et perçut les battements irréguliers du cœur de sa fille.

Ce contact fit repartir son propre cœur, quoique bien difficilement, et elle tamponna précautionneusement le filet de sang qui s’échappait du front de la jeune fille. Margaret réfléchissait à toute allure… Bien. Elle s’était évanouie sans doute par fatigue. Du moins, c’était ce qu’elle préférait croire. Sa respiration était à peu près normale… Mais Maggie n’était pas médecin. Juste mère… Cette coupure au front était bénigne. Impressionnante à première vue, mais elle ne faisait pas plus de deux petits centimètres de long. Et rien de bien profond… Bon. Alors se calmer, tout de suite… Et faire quelque chose d’utile.

A peine avait-elle prononcé intérieurement cette résolution qu’elle sentit ses jambes se redresser d’elles-mêmes, et ses pieds la porter à toute vitesse en direction de la salle de bain, la tête tourbillonnant de milles craintes insupportables. C’était à peine si elle se rendait compte d’où elle mettait les pieds, lorsqu’elle osa appuyer sur la poignée de la salle de bain, et constater que Caliban n’avait pas jugé utile de la fermer à clef. Elle s’y engouffra donc, trébuchant sur des vêtements qui traînaient, et se rattrapant de justesse à la poignée.

Haletante, tremblante, elle redressa la tête, et articula péniblement :


- Cal, elle… s’est éva…

Le mot resta momentanément en suspension au bout de ses lèvres, tandis que la surprise se succédait à des émotions toutes plus contradictoires les unes que les autres, sur son visage. Ses yeux fixèrent le corps nu de celui qu’elle connaissait par cœur, comme si elle peinait à analyser la situation telle qu’elle se trouvait être réellement. Dans un souffle, elle termina, la main serrée sur la poignée, pour éviter de perdre l’équilibre :

- … nu… heu... nouie.

Maggie ferma les yeux, sans même s'apercevoir de son petit lapsus révélateur, et du potentiel ridicule de la situation. Elle aussi, aurait bien voulu s’évanouir…
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Caliban Leviaz
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Dim 18 Mai - 19:36

C'était sous l'eau que Caliban sentait ses idées les plus claires. Depuis toujours, il prenait soin de s'enfouir sous la pluie, sous l'eau plus généralement, comme si toutes ses capacités n'étaient réelles que dans le liquide. C'était une des raisons pour lesquelles il s'était attaché à ce Val sous les neiges, à ce lac artificiel qu'il avait créé grâce au barrage. Le froid et l'eau : il était dans son royaume, au fond. Une fois nu, il avait pénétré dans sa douche ignorant royalement le bain qui ne lui servait que très peu souvent, que quand il avait du temps pour lui. A son souvenir, cela revenait à un siècle... cela faisait bien tout ce temps qu'il n'avait pas pensé à lui-même. A moins que ce ne soit qu'une idée, qu'une impression qui faisait de ces derniers jours d'inquiétudes et de combats des années sombres.

Il laissait ses doigts errer le long du robinet, puis sur le fameux bouton pour la fonction massage. S'il ne se permettait qu'une douche, il avait besoin de se ressourcer, de devenir liquide, juste un instant, pour mieux pouvoir penser à sa fille. Il détestait ce qu'il leur arrivait en ce moment. D'une part, parce qu'il était hors de question que son enfant souffre, pour une quelconque raison. D'autre part, parce qu'il ne se sentait pas capable de l'aider. Il était comme cela, non ? Incapable. Il n'était que le responsable de nombreux fléaux. Alors en quel honneur pourrait-il sauver, lui, sa fille ?

Les jets d'eau martyrisaient les muscles de son dos. Enfin, ce n'était pas non plus négatif. Après ces nombreuses tensions, il avait l'impression de passer à la machine à laver, suite à un besoin de purification. Automatiquement, il laissa ses pensées errer jusqu'à ses soucis les plus inquiétants... et ce n'était pas le statut de l'Ecole, qui lui faisait du mal, c'était... c'était sa fille. Sa fille qu'il ne voulait pas perdre. Sa fille qui risquait de mourir par sa faute. Il se devait donc de se souvenir de tout ce qu'il avait observé d'elle jusqu'ici. A quel moment avait-elle eu ce Flux inconnu ? S'il lui semblait évident que ce soit le dernier pouvoir qu'il lui avait insufflé qui avait secoué son système sanguin, cela n'expliquait pas pourquoi il n'avait pas remarqué le Flux inconnu. Pourquoi avait-il fait une faute aussi... détestable ? A quel moment avait-il baissé sa concentration pour en arriver là ?

Un instant, il se demanda si l'état de Nix et le piège dans lequel ils étaient royalement tombés avaient un lien, ne serait-ce que quelconque. Il avait suffisamment confiance en sa fille pour savoir que si elle n'avait eu aucun problème, elle aurait su gérer la situation. Là, elle n'avait pas pu superviser. Heureusement qu'Eva avait su prendre la chose en main... sans la professeur de la Luxure, il n'y aurait peut-être pas eu de survivants. Caliban commença à se savonner, le front plissé par une ride témoignant ses réflexions. Ce furent ces-dernières qui l'empêchèrent d'entendre ce qu'il se passait dans le salon. Il aurait pu, s'il n'était pas sous l'eau, pouvoir faire attention à le bruit de la chute, ou simplement au cri de sa femme. Mais non. Il se rinçait, profitant des derniers instants sous l'eau à sentir ses pensées précises...

... et la porte s'ouvrit, poussée par sa femme qui manqua de tomber. Il avait eu le temps de sortir de la douche pour tenter de la rattraper, mais elle avait retrouvé son équilibre, et, trempé, ses cheveux plaqués à son visage, et dans le plus simple appareil, il fixait Margaret avec un regard inquiet. Evanu ? Eva nue ? Pourquoi lui parlait-on d'Eva à cet instant précis ? Surtout qu'il serait plus juste d'entrer en trombe en s'étonnant qu'Eva soit habillée, que nue... Et puis son cerveau se remit en marche, après ce court instant où il avait été comme avorté - ou éjecté - de son propre élément. Sa fille s'était évanouie.

Le Directeur arracha littéralement deux serviettes du porte-serviettes - logique - pour en nouer une autour de sa taille, et s'essuyer vivement les cheveux, le visage et les mains avec l'autre. Un seul regard fut accordé au salon, pour qu'il puisse juger de la situation. Il fut dans son bureau en très peu de temps, prit le combiné du téléphone et tapa le numéro du médecin scolaire. Violette McGuire. Son impatience, alors qu'il écoutait les tonalités de l'appareil, était presque sensible. Quand enfin elle décrocha, il était loin d'avoir la voix d'un amant à sa maîtresse. Caliban semblait avoir tout oublier, et n'avoir retenu qu'une seule chose : Nix était dans un état critique. Ce fut donc un père au bord de la crise de nerfs qui parla au Docteur.


-Violette, j'ai besoin de toi. Nix vient de s'évanouir, elle s'est blessée au front. Elle est dans un état critique, quelque chose d'anormal se passe avec son Flux... difficile à expliquer au téléphone, je te demande juste de venir la soigner et me dire si elle craint quoi que ce soit. Au cas où, si tu as des médicaments pour calmer la douleur et pour endormir, je suis preneur.

Et sans attendre de réponse, il raccrocha, pour aller ouvrir la porte, puis retourna dans sa chambre, pour enfiler un boxer noir et une chemise blanche qu'il ne boutonna pas - pas le temps -, pour ensuite s'installer près de sa fille. Assis par terre, les cheveux encore humides, il se rongeait les sangs. Sa femme avait fait tout ce qu'il fallait pour mettre en sécurité Nix avant l'arrivée du médecin, il était donc parfaitement inutile, là, avec un visage marqué par la peur et les remords, qui venait de prendre soudainement quelques années de plus. Cela lui était, d'ailleurs, au moins aussi douloureux que le reste.

Il n'était rien... rien que celui qui blessait son propre enfant.

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Violette McGuire
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Dim 18 Mai - 19:58

(désolée pour les fautes, je suis pas sur mon pc)

Violette était à son bureau, comme chaque soir a remplir les dossiers des élèves en verifiant qui devait avoir un vaccin et qui devait avoir autre chose. Elle s'était mit un peu de musique en fond sonore, douce et appaisante pour un boulot enervant. Mais qui a dit que cette soirée allait être tranquille et sereine ? Pas le téléphone qui commence à sonner. Elle a l'habitude de laisser deux sonneries avant de décrocher et c'est avec un jolie " Docteur Mcuire, Bonsoir" qu'elle répondra. Mais son minois doux et calme changera vite lorsqu'elle reconnut la voix de Caliban. Mais c'est à la suite de ses dires que tout changea. Nix était aparement en danger -nivau santé- et Violette devait rapidement arriver. C'est après un " J'arrive" qu'elle raccrochera pour aller chercher sa mallette ou elle mettra plse trucs de ses armoires. Compresses, alcool, seringue, tranquilisant ect.. Mais aussi scalpel. Si elle doit utiliser son sang..

Elle portait un jean et un debardeur simple, elle ira enfiler sa veste rapidement avant de prendre sa mallette et sortir. Elle fermera son bureau mais laisse l'infirmerie ouverte au cas ou.. Puis la voilà à parcourir le chemin qu'elle connait pas coeur pour arrier chez Caliban. Elle se stopera un instant, respirant. Elle se disait qu'elle ne devait surtout pas laisser ses sentiments prendre le dessus, sur son travail. On prend une bonne inspiration et la voilà qui toque à la porte avant d'entrez. Pas le moment d'attendre la politesse, il y a la vie d'une gosse en danger. Un regard sur Margaret puis sur Nix. Elle inclinera la tête vers Maggie, restant froide et seche mais très séreuset professionnelle. Mais pour Cal, rien du tout. Pas un regard pour Caliban, ni même un sourire.

Elle approchera alors de Nix qui est sur le divan, s'agenouillant pour poser ensuite sa mallette sur le coté. Elle en sortira des gants qu'elle enfilera avant de prendre son stétoscope. Elle se redressera un peu pour poser l'instrument qu'elle aura rechauffer de sa main sous le tissu des vêtements de Nix. Elle écoutera les battements de son coeur. Celui-ci étant faible et très irrégulier, la jeune femme lachera un soupir.

Ensuite, elle ira poser son instrument sur son epaule, regardant les pupilles de la demoiselle. Elle est évanouit mais pas dans le coma, ce qui est très bien. La demoiselle regardera ensuite sa blessure. Rien d'alarmant apart la couleur de tout ca. Elle ne prendra pas le risque -et c'est pas utile- de soigner rapidement. Elle ira prendre de l'alcool avec du coton et de quoi panser la blessure pour venir desisfecter et mettre le pansement. Elle ira ensuite, toujours silencieuse, prendre une seringue dans un sachet stérilisé et un petit flacon ou elle prendra le contenu avec la seringue. Elle reprend du coton et de l'alcool puis desinfectera le bras pour piquer. Elle etait très douce, meme si Nix sans rien dans tout les cas.

Suite à tout cela, Violette se redressera et rangera le tout. Tournant la tête vers Maggie, non pas vers Caliban.


Je ne peut rien pour le reste, mais ne vous inquietez pas Madame Leviaz.. Y'a rien a craindre, c'était qu'un petit bobo et un evanouissement pour l'accumulation de trop d'émotions et de fatigue... Je lui est donnée un tranquilisant qui devrait l'aider.. En cas de problème n'hésitez pas.
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Margaret Leviaz
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MessageSujet: Re: Soirée en famille [Leviaz]   Lun 19 Mai - 0:14

Margaret cligna des yeux à plusieurs reprises, de façon parfaitement incontrôlée. Peut-être allait-elle réellement s’évanouir, après t